Ne pas rire (se moquer), ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre (Spinoza)
21 Novembre 2025
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Indigènes israélites - Constantine 1860
Dans la liste des contentieux avec l’Algérie traîne l'histoire d'une décision ségrégationniste de la France au profit de ces indigènes israélites devenus français malgré eux. Une fracture communautaire après des siècles de coexistence.
Comme les autres populations du Maghreb celle de ces indigènes plonge dans les territoires avec un attachement tribal ancestral. Cohen-Solal parlera d’exil, une naturalisation subie, un traumatisme. Joan Sfar (Le chat du rabbin) accusera le décret Crémieux d’avoir provoqué un antisémitisme qui n’existait pas chez les indigènes musulmans, en les discriminant alors. De même, naturalisés ils suscitaient de nouvelles réactions (ligue socialiste antijuive) avec leurs participations aux votes, des conséquences non maîtrisées par le ministre français.
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A l’évidence, avec son décret humiliant Crémieux avait provoqué un traumatisme chez les musulmans, même s’ils n’étaient pas prêts à abandonner leurs droits coutumiers et culturels comme imposé aux indigènes israélites. L’histoire de ces populations mêlées qui avaient démontré leur vivre ensemble ancien s’arrêtait là. Les juifs soumis aux musulmans avant l’arrivée française accédaient du jour au lendemain à un statut supérieur à celui des musulmans. Une provocation lourde de conséquences pour leurs anciens maîtres.
Malgré les vicissitudes qui suivront, aujourd’hui encore il n’est pas rare d’entendre des juifs d’Algérie rappeler avec nostalgie les traces séculaires de leur histoire là-bas.
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Juifs amazighs (berbères) Maroc 1959
Alors pourquoi ont-ils abandonné « ces terres » ?
Ces indigènes israélites berbères non arabes comme la majorité des algériens, avaient conservé le statut de dhimmi sous les dominations islamiques, quand certains de leurs ancêtres d’al-Andalus s’étaient massivement convertis (conversos ou marranes) pour rester en Espagne après la Reconquista chrétienne.
Les populations amazighes (berbères) s’étaient converties aussi très tôt pour éviter les razzias arabo-islamiques qui s’approvisionnaient en esclaves berbères. Eparpillées sur un large territoire, le régime tribal prévalait à l’organisation entre les communautés indigènes que les siècles avaient appris à vivre ensemble.
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Quelques événement et dates révèlent les conditions brutales de cette période de manipulation des populations indigènes musulmanes et juives. Que certains aient décidé de ne pas les oublier de l’autre côté de la Méditerranée n’étonnera pas. Que la France ait commis un faux pas en envoyant B. Stora avec son histoire clé en main est probable. La décision française de ne pas considérer également les indigènes d’Algérien selon leur obédience avait outragé les musulmans. Plus tard ils trouveront une réponse avec ces questions (1).
Quelques dates et décisions diffuses nous racontent.
1830-1860. La colonisation de peuplement commence avec des français lorrains et alsaciens principalement catholiques avec quelques protestants, pas de colons juifs.
1865. P. Weill écrira que Napoléon III avait reçu une pétition de 10000 (??) juifs réclamant une naturalisation collective.
14 juillet 1865. Un sénatus-consulte (décret) voulu par Napoléon III et adopté par le Sénat devait encadrer l’assimilation des indigènes musulmans et juifs d’Algérie. Ils devenaient de nationalité française mais devaient demander officiellement la citoyenneté française, sous condition de renoncer au droit musulman (charia) et au droit mosaïque.
Les décrets qui suivront en 1866 et 1868 imposeront une procédure sévère pour instruire les demandes de « naturalisation » et vérifier la sincérité de l’engagement des postulants envers la France. Entre 1865 et 1870 les indigènes juifs ne suivent pas, seuls 200 la demanderont, beaucoup de musulmans et juifs refuseront de s'y plier.
8 mars 1870. Le décret Ollivier prévoit la naturalisation forcée des indigènes israélites sauf à la refuser sous un an. Le gouverneur général de l’Algérie et le Ministre de la Guerre ne sont pas informés, le décret n’est pas adopté.
Juillet 1870 déclaration de guerre contre la Prusse, septembre 1870 chute de Napoléon III, proclamation de la IIIe République. C’est dans cette période tumultueuse qu’Adolphe (Isaac Jacob) Crémieux, franc-maçon de l’Alliance israélite universelle, sépharade du Comtat-Venaissin (« juif du Pape »), ministre de la Justice fait passer son décret en octobre 1870 qui déclare d’office français ses coreligionnaires indigènes israélites.
Mars 1871. Une pétition signée par 1 550 indigènes israélites est envoyée au Sénat contre la naturalisation collective imposée. Plus tard des juifs algériens s’engageront dans la lutte anticoloniale.
Gouverneur, l’amiral de Gueydon (1871-1873) demandera le retour aux naturalisations individuelles et le Commissaire extraordinaire de la République, Charles du Bouzet qui avait pourtant réclamé la naturalisation des Israélites d’Algérie avant le vote du décret, adressera une pétition aux députés de l’Assemblée nationale (juin 1871) par laquelle il demandera l’abrogation du décret Crémieux accordé « à des indigènes, qui ne sont français ni par la langue, ni par les mœurs, ni par les traditions, ni par les intérêts ».
Le bon sens ne s'imposera pas, le bricolage législatif continue. Avec le décret Lambrecht du 7 octobre 1871 il est précisé que n’étaient citoyens que les indigènes qui pouvaient établir qu’ils étaient nés en Algérie avant l’occupation française, ou nés depuis cette occupation de parents établis en Algérie à l’époque où celle-ci s’était produite. Les indigènes israélites des territoires algériens conquis par la suite ne purent donc bénéficier du décret Crémieux, ni les immigrés juifs, marocains ou tunisiens qui pensaient pouvoir se saisir de cette opportunité juridique.
Entre 1865 et 1881, seuls 276 indigènes israélites demanderont chaque année la naturalisation, l’appartenance à la nation française n’allait donc pas de soi pour eux. « … En 1876 les Juifs traditionnalistes d’Oran, surnommés les « Vieux turbans », demandèrent que les jeunes …appelés sous les drapeaux puissent rester en poste au lieu de partir au régiment. Ces démarches furent interprétées comme un manque de patriotisme, y compris parmi les rabbins venus de métropole et parfois même dans les rangs des notables juifs autochtones. Le rabbin Charleville et un certain nombre de coreligionnaires luttèrent âprement pour obtenir le départ des conscrits alors que le président du consistoire Simon Kanoui défendait la position des Vieux Turbans. » Plus tôt les juifs ashkénazes de l’est de la France avaient payé leurs remplaçants pour échapper à la conscription, Napoléon Ier avait dû les contraindre avec son décret « infâme » en 1808.
Parmi les conséquences du décret Crémieux, dans certaines villes les israélites majoritaires décidaient maintenant du résultat des scrutins, les populations n'étaient pas prêtes à subir ce coup de force institutionnel contraire à leur histoire.
Qui était le vrai responsable de la création de ligues antijuives en Algérie nées de cet imbroglio ?
…
Octobre 1940, dans ce capharnaüm législatif Vichy abroge le décret Crémieux. « Les droits politiques des juifs indigènes d’Algérie sont réglés par les droits politiques des indigènes musulmans algériens. » Sauf pour ceux qui auront été décorés de la Légion d’Honneur, de la Croix de Guerre ou pour services rendus au pays. Le statut des indigènes d’Algérie redeviendra celui des indigènes israélites jusqu’au rétablissement du décret Crémieux en octobre1943.
Avec cette histoire, les idéaux humanistes qui devaient conduire à l’assimilation des indigènes au détriment de leur traditions et de leurs cultures, ont montré leurs limites. L’attachement primordial des populations à ces valeurs est une règle qui devrait être observée toujours, la hiérarchie des cultures n’existent pas sauf à l’intérieur de leurs frontières d’origine.
L’ignorer ne peut conduire qu’au malheur des peuples ou à la soumission.
Nota: en 2010 l’Europe déclarera l’échec du multiculturalisme, l'égalité culturelle que la laïcité a cru pouvoir imposer n'existe pas. Un constat que l’histoire des peuples avait déjà fait partout.