Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'apostilleur

Ne pas rire (se moquer), ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre (Spinoza)

La Frangleterre c'est pas pour demain.

 

La Frangleterre n’est pas pour demain.

 

Pourtant la France a eu chaud. A deux reprises les deux pays auraient dû s’unir, sans consultation de leurs populations bien-sûr. Ceux qui le regrettent devront attendre encore longtemps avant de trouver des conditions propices à une troisième opportunité tant ces nations ont creusé leurs différences.

La première opportunité s’est présentée il y a cinq siècles.

Une guerre de Cent ans qui ne s’arrêtera qu’en 1453, un roi français devenu fou (Charles VI) qui règnera pendant quarante-deux ans et une confrontation entre armagnacs fidèles au roi et bourguignons ralliés aux anglais, voilà les ingrédients qui ont permis au roi d’Angleterre de ravir par traité la couronne de France.

Des ducs de Bourgogne ambitieux et oublieux de leurs obligations de pairs et de l’histoire de leur territoire attaché au royaume de France, ont envisagé même de se faire reconnaître roi par l’Empereur romain germanique.

Une histoire de succession alambiquée sur fond de loi salique du IVe ou Ve s. (?), alimentera la controverse franco-anglaise et déclenchera la guerre de Cent ans, avec cette histoire honteuse rarement évoquée.

 

Au commencement.

Conformément à la malédiction que lui avait lancée le chef des Templiers Jacques de Molay sur le bûcher, pour la première fois un roi de France, Philippe le Bel, laissera la France sans héritiers mâle, et sa fille Isabelle mariée au roi d’Angleterre. Pour cette raison, en qualité de neveu de rois français et fils d’Edouard II et d’Isabelle de France, Edouard III prétendra déjà à la couronne de France en 1337. Les anglais revendiquaient l’héritage d’une couronne par une femme, quand eux-mêmes n’avaient alors encore jamais eu de reine.

Par l’effet de cette excentricité britannique, quelques rois plus tard, les anglais y parviendront par un concours de circonstances et une étrangère à la tête du royaume pour conclure le Traité de Troyes en 1420.

Contrainte par ses faiblesses et entre les mains de la fille du Duc de Bavière devenue la reine d’un roi fou, la France n’avait plus les ressources et pas encore suffisamment de cette fibre nationaliste naissante insufflée par Philippe le Bel (*), pour s’opposer à l’anglais Henri V qui a dû tomber de son trône en voyant s’offrir la couronne de France dans la cathédrale de Troyes.

Pour ce faire il aura fallu une France exsangue, une époque de fin de Moyen-Âge tumultueuse et une reine pas vraiment française pour expliquer le « Traité honteux » de Troyes.

La Reine Isabeau (de Wittelsbach-Ingolstadt) déshéritera son fils (Charles VII) et donnera sa fille en mariage à l’anglais Henri V avec la couronne de France promise au décès du roi fou, lequel la conservant en viager, pendant que Henri V et le Duc de Bourgogne gouverneront le royaume. Le traité stipulera que « les deux couronnes de France et d’Angleterre à tout jamais, perpétuellement, demeureront ensemble et seront à une même personne ».

La Frangleterre semblait née, sauf que Henri V mourra avant Charles VI (coup de bol) et ne sera donc pas sacré à Reims donnant prétexte aux opposants à cette fatalité. La vieille loi salique qui interdit aux femmes l’accès au trône et le principe « d’indisponibilité de la couronne » donneront arguments aux juristes français pour empêcher cette incongruité d’outre-manche.

Edouard III affirme sa prétention en apportant des fleurs de lys à ses armoiries (1340)

Jean de Gand 2e fils d’Edouard III avec fleurs de lys et hermines de Bretagne

Armoirie de la reine Elisabeth Ière d’Angleterre XVIe s.

Au prétexte du traité, les rois successifs d’Angleterre n’abandonneront leur titre de roi de France qu’en 1802.

 

 

La seconde opportunité d’une Frangleterre viendra à un autre moment tragique de l’histoire de France.  

Notre République et les lords du Parlement anglais envisageront de faire ménage le 16 juin 1940, avec la « Déclaration d’union de l’Angleterre et de la France » approuvée par de Gaulle et Churchill. Dans le même temps la mise en place du gouvernement de Vichy et son Armistice (22 juin) en préparation feront capoter l’Union, avec pour conséquence « l’Appel du 18 juin ».

A l’origine de cette idée saugrenue aujourd’hui, un économiste de Cognac Jean Monnet. Il la justifiera en la replaçant dans le contexte « des nazis à notre porte ». Une façon pensait-il, de provoquer l’espoir auprès de populations anéanties et une suite logique pour un financier coordinateur des forces de production anglaises et françaises.

Extrait. « Les deux gouvernements déclarent que la France et la Grande-Bretagne ne seront plus à l’avenir deux nations mais une seule union franco-britannique. Tout citoyen français jouira immédiatement de la citoyenneté en Grande-Bretagne, tout sujet britannique deviendra citoyen français… Les deux parlements fusionneront officiellement…. »

Un projet de timbre approuvé par le roi en 1939 avec les effigies de Georges V et du Président Lebrun rappelle que le projet avait mûri.

Musée de La Poste par Henry-Lucien Cheffer

Sans Pétain et son gouvernement de Vichy le projet serait vraisemblablement devenu réalité, un autre avenir nous aurait attendu.

 

En 1950, l’idée n’était cependant pas enterrée, comme on l’apprendra quelques décennies plus tard lors du déclassement des archives britanniques. Avec la nationalisation du canal de Suez et les tensions israélo-jordaniennes qui impliquaient la France et l’Angleterre, le président du Conseil Guy Mollet proposera encore une Union franco-anglaise. Rejetée par les britanniques, Mollet se vit proposer une adhésion à leur Commonwealth. Pour l’humilier ?

Avec ces péripéties on retiendra qu’il ne faut laisser à aucun prix la destinée de notre pays à un économiste, une personne née hors de France, ou à celui qui ignore les sacrifices de notre Nation dont l’histoire appartient à ceux qui l’ont faite.

 

 

(*) Pour l’historien Philippe Josserand, « Philippe le bel a marqué le passage d’une royauté féodale à une monarchie de droit divin juridique et administrative. On est véritablement à la naissance de la nation française ».

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article