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L'apostilleur

Ne pas rire (se moquer), ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre (Spinoza)

Quand les héritages étaient redistribués.

Si aujourd’hui l’héritage est un bien familial sacro-saint, d’autres préoccupations que celles des descendants entraient en considération quand les prémices de cette histoire apparaissaient au tournant de l’an mille. Le maillage de l’Occident est assuré alors par une organisation cléricale qui plante ses croix sur tous les territoires. Autour d’elles se fonde la société occidentale chrétienne avec ses règles cultuelles, culturelles, économiques et sociales.

Une pratique qui en dérive s’épanouira dans un contexte favorable; les fondations, des donations par héritage.

Chapelle de Mille-Secours à Brouël (XVIe)

Si les évêchés et monastères sauront financer leurs chefs d’œuvres qui produiront « l’art français » (gothique) avec leurs possessions, l’existence des innombrables chapelles rurales, leurs dépendances, restera difficile.

Des territoires encore oubliés aujourd’hui comme en Haute-Loire, regorgent des traces de ce christianisme ancien, comme la vaste basilique romane de Brioude aux origines mérovingiennes et carolingiennes.

 Basilique Saint-Julien. Brioude

Le Velay voisin parsemé d’édifices romans témoigne aussi de l’emprise des Evêques avec leurs nombreuses possessions sur des territoires isolés, délaissés par les comtés alentours. La religion et ses dogmes y règneront sans contestes.

Essentielles à la permanence du christianisme, les chapelles se dissémineront toujours davantage pendant des siècles avec en leur sein des prêtres, des clercs instruits (chapelains aussi selon les périodes), ou les deux.

 Clocher à peigne Saint-Christophe-sur-Dolaison

Avec quels moyens de subsistances pour ces chapelets de dévots ? Quelques lignes qui rappellent les préceptes et pratiques en vigueur alors, éclaireront la réponse.

Un des succès du catholicisme repose sur la réparation possible des pêchers. Les siècles auront appris aux croyants la contrition et les chemins pour atteindre leur repentance (examen de conscience, confession, pénitence). Les indulgences seront reconnues dès l’aube chrétienne comme un moyen de réparation des pêchés. Celles qui ébranleront Luther au XVIe s. consistaient en paiement de sommes d’argent pour effacer ses pêchers, ce qui en soi n’aurait pas dû le choquer plus que ça puisque s’inscrivant dans la pratique ancienne du sacrement de pénitence et réconciliation. Encore en odeur de sainteté, missionné au Vatican par ses coreligionnaires augustiniens pour le calmer de ses confessions à longueur de journées, il reviendra ahuri par la découverte de l’utilisation des fonds, par ce satané Vatican pour sa somptueuse basilique Saint-Pierre en construction et provoquera malgré lui un nouveau schisme chrétien.

Une autre résurgence ancienne allait favoriser la suite, le purgatoire, une idée ressuscitée au XIIe s. Les croyants cherchaient à s’abriter des calamités de l’existence médiévale, famines et autres maladies rapportées des croisades. La peste noire de 1348 endémique jusqu’à l’épidémie de 1628 propagée avec l’apocalyptique Guerre de Trente ans et ses millions de morts, a fait dire à Durand de Monlauseur médecin en Rouergue que la peste est  « …une maladie violente de l’ire divine… expédition punitive de Dieu contre tous les pêcheurs… Des villes et des châteaux sont déserts et plusieurs maisons sans habitant. » La science touchait du doigt l’enfer et confortait les cultivateurs de conscience.

 

Dans ce contexte propice, une pratique trouva son lit pour s’installer durablement dans une France profondément croyante et misérable ; celle des chapellenies pour les nobles puis les bourgeois, et des obits pour les moins riches.

Une chapellenie a pour objet de créer les conditions qui permettront à un défunt de faire dire des messes (neuvaines, trenteniers, messes basses) ou des prières chantées, pour son salut et celui de sa famille ad vitam aeternam (à perpétuité). A cette fin un notaire enregistre la fondation constituée des titres (fermages, terres, argent …) et relevés de rente attachés aux biens qu’elle perçoit en héritage, l’ensemble reporté et archivé chez les prêtres. Elle financera l’activité du chapelain, ici prêtre agréé par l’évêque, afin qu’il organise les offices prévus par le cahier des charges. Au XVIe s. le Concile de Trente exigera des séculiers qu’ils aient leurs propres moyens de subsistance. « L’Eglise voulant que ses serviteurs puissent mener une vie dignement et éviter la formation d’un prolétariat ecclésiastique. (*) »

 

Les obits reproduisent les conditions des chapellenies sauf en ce que l’obligé est une confrérie de prêtres dispensée de l’autorisation de l’évêque. Elle est accessible à un plus grand nombre du fait de la modicité des dons acceptés. Le principe de la perpétuité est toujours requis.

Par les temps qui couraient, la perspective d’abréger son purgatoire et de protéger sa famille des calamités en échanges de quelques biens trouvera un grand succès, au point qu’il faudra recruter. De nouveaux serviteurs apparaîtront, les prêtres obituaires.

Si les premiers, prêtres filleuls, devaient justifier de leur filiation avec un ecclésiastique, les suivants seront choisis parmi la population parfois dès l’âge de sept ans avec pour conditions que l’impétrant soit de naissance légitime, qu’il connaisse son Crédo et quelques chants en latin. Les enfants de cœur étaient bien préparés s’ils le souhaitaient. La tonsure (mèche de cheveux coupée) et la bénédiction de l’évêque consacreront ces nouvelles recrues propulsées dans le corps de l’Eglise en qualité de clerc. « En 1446 l’évêque procédera jusqu’à 128 tonsures en une seule tournée autour de Rodez (*) ».

 

Suivant leur degré de compétence ils pourront rejoindre les bénéficiaires, prêtres de chapellenie, et seront rétribués alors par l’Eglise.

En 1570, sur la seule commune de Saint-Chély d’Aubrac (500 habitants aujourd’hui), le nombre de prêtres s’élevait à 52 dont 29 obituaires, tous amenés à déambuler à leur tour dans la chapelle pour l'exécution de leurs obligations.

Sur le chemin des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, Saint-Chély d’Aubrac offrait gite, chapelle, hôpital…

Le financement de l’activité donnait lieu à de nombreux recours judiciaires pour percevoir les rentes attendues et faire respecter les actes des fondations des chapellenies et obits. Un syndic et un sacristain élus par les prêtres géraient les registres des offices et des comptes et collectaient les dons. Comme aujourd’hui, les héritiers ne voyaient pas toujours du même œil la destination de l’héritage espéré. Quelques décennies plus tard ce nombre se stabilisera autour d’une dizaine jusqu’à la révolution.

Chaque année le curé actualisait les engagements de la chapelle (messes prières, chants…) et réunissait au son de la cloche les prêtres entre qui il les partageait. Les cartulaires nous renseignent sur les sommes qui étaient versées aux prêtres obituaires, environ 25% des revenus d’un travailleur journalier, agrémentés des compléments apportés par les cérémonies auxquelles la charge donnaient accès. Si le pape Jules II avec sa multinationale à indulgences produira des résultats à faire pâlir Wall Street, les chapellenies et obits resteront de modestes PME artisanales pour la plus-part. Cette prêtrise de pauvres survivra grâce aux fondations. Ceux qui ont parcouru le centre de la France connaissent la dureté des pays du Velay ou du Rouergue.

A première vue, cette organisation dérivée des croyances religieuses anciennes, étonnera. A mieux y regarder il y avait aussi là, un ruissellement, une redistribution des richesses qui sortaient de la sphère privée pour s’épandre au profit de démunis. Cet acte de pénitence était aussi œuvre de charité qui si elle avait été prélevée au titre d’une taxe sur héritage aurait fait se lever les fourches. Au total dans un monde de misère, ces prêtres élus rendaient un service au public et étaient assurés de considération, d’un toit, de vêtements et de nourriture en se rapprochant de la religion d’Etat.

Des fonctionnaires en somme.

Une descendance de cette pratique perdure avec la Confrérie de la Consolation qui « console les âmes du Purgatoire », et reçoit des dons pour cela sous le contrôle d’un commissaire aux comptes.

 L’Œuvre d’Orient reçoit aussi des dons avec des intentions et célèbre 40000 messes par an. Le profit est destiné aux prêtres démunis du Moyen-Orient.

L’antichristianisme est en passe de venir à bout de ces dernières pratiques ancestrales aussi. Quand les juifs même non croyants s’attachent toujours à leur héritage culturel, gage de cohésion pour leur nation, l’antichristianisme exacerbé par la laïcité rejette sans distinction, le bébé, l’eau bénite et la culture des sociétés chrétiennes occidentales. Les croyants et non-croyants qui y étaient attachés comme Robespierre, n’ont plus voix au chapitre, la laïcité et la déculturation des origines chrétiennes de la Nation sont à l’oeuvre.

Ainsi, aujourd’hui les bénéficiaires sont rassurés, ils n'ont plus à craindre des prêtres pour l'héritage qu'ils attendent.

 

PS : Au Machrek, le « …racisme anti-chrétien en Israël » et l’antichristianisme musulman qui extermine les derniers chrétiens, ont trouvé un allié en France. Après cinq années de messages publicitaires sur France Inter, l'Œuvre d'Orient s’est vu refuser celui de décembre 2020, au motif que la neutralité du service public ne peut accepter un message lorsqu’il «…contient le mot chrétien».

Miracle ou prise de conscience d’une rédaction qui combat l’antisémitisme, s’indigne du sort des musulmans Rohingya et refuse un message d’entre - aide aux victimes chrétiennes du Proche-Orient ?

Après plusieurs jours, France Inter fera son mea-culpa en diffusant l’annonce. Les donations pourront continuer un temps à aider les nécessiteux, en l’occurrence ici, ceux de la religion la plus discriminée au monde.

 

 

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