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L'apostilleur

Ne pas rire (se moquer), ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre (Spinoza)

En France, l’islamophobie est autorisée.

 

Coincée entre une christianophobie (1) galopante endurée en silence et une judéophobie quasiment condamnée par les manifestations et les textes qui interdisent l’antisémitisme, l’islamophobie autorisée a trouvé une place. Pour en apprécier le contour, on la rapprochera ici de l’antisémitisme, plutôt que de la christianophobie des laïcistes décomplexés (2).

La judéophobie a trouvé des opposants habiles qui l’ont fondue dans celui ethno-religieux de l’antisémitisme devenu un synonyme (qui a failli englober aussi l’antisionisme), avec pour conséquence une condamnation « à priori » pour qui s’en prend à un juif au nom de sa croyance ou pas. Le caractère polysémique du mot juif qui ne distingue pas les croyants des non-croyants (42% sont laïcs en Israël) est à considérer pour comprendre l’amalgame. Le « service de protection de la communauté juive (SPCJ) » recense, sans distinguer l’antijudaïsme admis (la judéophobie), « les actions et les menaces » qui ensemble caractérisent l’antisémitisme qu’il appelle racisme.

L’Occident qui reconnait aux juifs (religieux ou pas) descendants des victimes du nazisme un statut de martyr, est généralement favorable à ce parapluie antisémite qui tend à effacer l’histoire difficile des chrétiens et des juifs et constate leur assimilation dans une France « antiexpanSIONISTE » mais pas antisémite.

Si le séparatisme avec les juifs a été traité, celui avec les musulmans est sur l’établi.

L’islamisme n’a pas le même statut victimaire et porte le fardeau de sa descendance, ce terrorisme diffusé comme un poison partout dans le monde. Contrairement au christianisme et au judaïsme contraints qui ont fini par trouver une place à côté de la laïcité, l’islamisme prête le flanc à un anti-républicanisme chez un trop grand nombre de ses adeptes avec l’indifférence silencieuse de sa majorité qui contribue à entretenir ce climat. Il pourrait ne pas y avoir là matière à islamophobie puisqu’on ne se situe pas, à courte vue, sur le terrain religieux.

Comme les chrétiens, les musulmans ne bénéficient pas de la couverture ethno-religieuse de l’antisémitisme et doivent admettre l’islamophobie. Les manifestations de Marwan Muhamad sont restées sans effet et son collectif contestataire a été depuis dissout.

Comment comprendre donc l’islamophobie autorisée et les condamnations dans son sillage, sans y perdre son latin.

Le philosophe Henri Peña-Ruiz à l’université d’été 2019 de La France insoumise, revendiquant le « droit d’être islamophobe » a tenté d’y répondre. Fustigé sur les réseaux pas très sociaux avec lui, il a ajouté (Libé et son tweet) ; «Il n’est pas raciste de s’en prendre à une religion, mais il est raciste de s’en prendre à une personne du fait de sa religion.» On notera que le racisme ici s’entend d’un point de vue culturel quand celui du « service de protection de la communauté juive (SPCJ) » est plus large.

Il est ainsi possible de dire impunément à toute personne croyante tout le mal que vous pensez de sa religion sans l’impliquer dans votre discours.  A noter qu’« Aucune opinion, tant qu’elle n’est pas exprimée publiquement, (3) » ne peut être poursuivie.

On pourrait en rester là, mais les exemples qui suivent racontent une histoire plus compliquée, que les tribunaux tranchent au gré des affaires. Préservant la liberté d’expression, la loi interdit la censure et juge donc à postériori du degré de l’infraction. Deux exemples célèbres tracent une frontière franche quant au principe et subtile dans ses considérations.  

A quelques années d’intervalles, deux jugements condamnent pour des motifs « islamophobes »  des personnalités françaises pour partie de leurs propos. Suivre les méandres des attendus et des délibérés nous instruit.

Le premier (4) a été relaxé du délit de " provocation à la discrimination religieuse " pour avoir dit : " Le mieux pour les musulmans serait qu'ils rentrent chez eux… Les musulmans vont petit à petit imposer leurs lois. Le droit chrétien ne peut s'accorder avec le droit islamique. Les musulmans ne peuvent pas être catholiques. Ils ne peuvent pas vraiment être français. Il ne faut pas leur permettre de s'organiser ni sur le plan politique ni sur le plan religieux. " Les journalistes qui commentaient alors ces propos ont parlé de « combat d’arrière-garde » quand d’autres minoritaires y ont vu des augures.

Et condamné pour « diffamation religieuse » pour avoir ajouté  " Ce sont vos femmes, vos filles, vos enfants qui seront kidnappés et emmenés dans des quartiers réservés comme il en existe à Casablanca."

La loi Gayssot est passée par là entretemps et réprime « tout acte raciste, antisémite ou xénophobe ». Les juges reconnaissant aussi le droit à l’islamophobie et à la christianophobie sanctuarisant le droit à s’opposer à une religion.

Trente ans plus tard, après que le nombre de musulmans a été multiplié par six et atteint désormais six millions d’individus, le second (4) a été condamné au motif de « provocation à la haine raciale » pour ces propos : « Il faut donner aux musulmans le choix entre l’islam et la France », la France vivrait « depuis trente ans une invasion … dans d’innombrables banlieues françaises où de nombreuses jeunes filles sont voilées », se jouerait une « lutte pour islamiser un territoire… un djihad ».

Le tribunal du premier considère qu’il s’agissait d’un débat d’idées pour lequel «  …il n'a pas à en apprécier la " pertinence " et refuse de voir une provocation … », quand plus tard les juges du second estimeront que ces propos « visent les musulmans dans leur globalité et contiennent une exhortation implicite à la discrimination ». Ainsi, la jurisprudence conséquence de la relaxe du premier autoriserait à redire que « Le mieux pour les musulmans serait qu'ils rentrent chez eux » dès lors que le fonds du propos serait religieux ?  

Pour éviter d’avoir à comparaitre, les deux condamnés auraient dû apprendre à chanter.

 

Ils auraient été défendus par nos anciens ministres. J. Lang qui « condamne l’interdiction » des paroles de « black M » ‘’conne de France’’ ‘’ pays de kouffars’’ ’’ …que les pédés périssent’’ au nom de la culture, et C. Taubira prise d’un excès de tolérance très chrétienne qui ajoutera ; « Que celui qui n’a jamais fauté jette la première pierre »

Depuis, cette liberté acquise profite à de nouveaux artistes communautaristes que d’aucuns auraient bien voulu présenter devant un tribunal du « vivre ensemble » pour leur expression artistique.

Extraits : 

Paroles du groupe « 113 » : Du commissaire au stagiaire: tous détestés ! A la moindre occasion, dès qu' tu l' peux, faut les baiser. Bats les couilles les porcs qui représentent l'ordre en France…

Paroles du groupe « Sniper ». J'aime pas ce pays la France et le latin: Pour mission exterminer les ministres et les fachos La France est une garce et on s'est fait trahir On nique la France sous une tendance de musique populaire Les frères sont armés jusqu'aux dents, tous prêts à faire la guerre Faudrait changer les lois et pouvoir voir Bientôt à l'Élysée des arabes et des noirs au pouvoir. Faut que ça pète ! Frère, je lance un appel, on est là pour tous niquer La France aux français, tant qu' j'y serai, ça serait impossible. Leur laisser des traces et des séquelles avant de crever. Faut leur en faire baver la seule chose qu'ils ont méritée. T'façon j'ai plus rien à perdre, j'aimerais les faire pendre. Mon seul souhait désormais est de nous voir les envahir. Etc.

Les condamnés (4) apprécieront.

Au risque de ne pas être entendu de nos artistes qui semblent avoir choisi la voie du séparatisme, Mélenchon déclare: "C'est dans le métissage que la fraternité peut avoir lieu, pas dans la sublimation républicaine".

A méditer.

(1) La Place Beauvau avait évoqué 541 faits antisémites, 100 faits antimusulmans et 1 063 actes anti-chrétiens recensés.

(2) https://www.christianophobie.fr/breves/princay-la-croix-du-portail-du-cimetiere-va-t-elle-disparaitre

(3) https://www.gouvernement.fr/tousuniscontrelahaine-ce-que-dit-la-loi-4046

(4) le premier était Monseigneur Lefèvre et le second Éric Zemmour.

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