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L'apostilleur

Ne pas rire (se moquer), ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre (Spinoza)

(3/3) La civilisation, l’éducation ou la morale judéo-chrétienne… De pieux poncifs infondés. Une histoire autant juive que chrétienne.

 

La période napoléonienne avec la création des consistoires juifs en France, est l’occasion de sonder le fossé culturel judéo-chrétien et la coresponsabilité d'une nation juive divisée, à s’opposer aussi à toute forme de judéo-christianisme. Les informations que nous apportent cette période complètent les motifs exposés précédemment (*).

 

Après que la Révolution leur eut offert la citoyenneté française en 1791, Napoléon constatait que cette étape n’avait pas fait progresser l’assimilation des juifs. « En revenant d'Austerlitz, l'Empereur s'est arrêté à Strasbourg. Aussitôt, de tous les points de l'Alsace, arrivent, aux pieds du souverain, des plaintes et des requêtes extrêmement vives contre l'usure des juifs, les populations sont affolées… », rapporte l’abbé Joseph Lémann. Un constat sévère des pratiques de ces juifs d’Alsace devenus citoyens, conduisit Napoléon à ces remarques "; « C’est une nation à part, dont la secte ne se mêle à aucune autre … Ils envahissaient toutes les professions de brocanteurs et de marchands; ils ruinaient les cultivateurs par l'usure et les expropriaient; ils seraient bientôt propriétaires de toute l'Alsace". L’excès des uns nuisait à la réputation de tous. 

Dès lors, Napoléon transforme la main tendue par les révolutionnaires en une clé de bras un peu jésuite qui doit "Faire des juifs des citoyens utiles, concilier leurs croyances avec les devoirs des Français, éloigner les reproches qu'on leur a faits et remédier aux maux qui les ont occasionnés...". Il ordonne en mai 1806 le tenue de deux assemblées constituées de notables juifs pour la première, et de rabbins pour l’essentiel dans la seconde constituée en sanhédrin  (le dernier s’était réuni deux mille ans plus tôt pour condamner Jésus). Pour y parvenir il procédera par questions  choisies posées aux assemblées, avec l’objectif de mettre en évidence certaines pratiques contraires à celles de la République.

L’occasion de mettre au jour des valeurs et des modes de vie étrangers;

1° Est-il licite aux juifs d'épouser plusieurs femmes ? (Israël a interdit la polygamie en 1977 mais des rabbins l’autorisaient encore à Jérusalem en 2017, suivant en cela les sources du judaïsme primitif de Jacob père de treize enfants avec ses femmes les sœurs Léa et Rachel et leurs servantes Zilpa et Bilha.)

2° Le divorce est-il permis par la religion juive ? Le divorce est-il valable sans qu'il soit prononcé par les tribunaux, et en vertu de lois contradictoires à celles du Code français ?

3° Une juive peut-elle se marier avec un chrétien, et une chrétienne avec un juif ? Ou la loi juive veut-elle que les juifs ne se marient qu'entre eux ?

4° Aux yeux des juifs, les Français sont-ils leurs frères ou sont-ils des étrangers ?

5° Qu'est-ce que la loi leur prescrit à l'égard des Français qui ne sont pas de leur religion ?

6° Les juifs français regardent-ils la France comme leur patrie ? Ont-ils l'obligation de la défendre ? Sont-ils obligés d'obéir aux lois, et de suivre les dispositions du Code civil ?

7° Qui nomme les rabbins ?

8° Quelles sont leurs fonctions ?

9° Leur autorité n'est-elle fondée que sur l'usage ?

10° Plusieurs professions sont-elles interdites aux juifs ?

11° L'usure est-elle permise légalement ?

12° L'usure est-elle permise à l'égard des étrangers?

 

Le Sanhédrin répondra selon les attentes de Napoléon avec en préambule un hommage appuyé qui n’a pas encore trouvé l’unanimité aujourd'hui; « Béni soit à jamais le Seigneur Dieu d'Israël qui a placé sur le trône de France et du royaume d'Italie un Prince selon son cœur... ». L’abbé Joseph Lémann rapporte les détails instructifs de ces réponses dans son ouvrage « Napoléon Ier et les Israélites - 2e partie». Une autre source ici.

Après avoir contraint les juifs du sud-ouest (les « portugais ») et ceux de l’est (Alsace Lorraine) à se rapprocher, en mars 1808 l’Empereur institue les consistoires israélites et prend des mesures au profit des alsaciens non-juifs lésés, avec le décret impérial n°3210  qui sera affublé d’une épithète le « décret infâme », utilisée aujourd'hui encore par certains comme Pierre Birnbaum (et d’autres) qui déplore l’application de ces mesures « …discriminantes, remettant en cause l’égalité que les israélites croyaient avoir acquise… soumettant les Juifs à une autorisation préfectorale spéciale pour pouvoir exercer le commerce et leur enlevant le droit de se faire remplacer en cas d’appel sous les drapeaux.»  

Sur ce dernier point, le paragraphe 19 du décret contredit ceux qui voit une discrimination anti-juive puisqu'il stipule que ; «Les juifs établis à Bordeaux , et dans les départements de la Gironde et des Landes ("portugais" séfarades), n’ayant donné lieu à aucune plainte, et ne se livrant pas à un trafic illicite, ne sont pas compris dans les dispositions du présent décret », seuls ceux de l’Est (ashkénazes) sont concernés. Les juifs séfarades et ashkénazes formaient deux communautés dissemblables qui se haïssaient (**). 

Une liste d’interdictions et de réglementations encadreront les activités. « Tout engagement pour prêt fait par des Juifs à des mineurs, sans l'autorisation de leur tuteur… sera nul de plein droit ...nul Juif ne pourra se livrer à aucun commerce, négoce ou trafic quelconque sans avoir reçu, à cet effet, une patente du Préfet du département… »

Considérant que la population juive était trop largement représentée en Alsace il fut décidé qu’« Aucun juif, non actuellement domicilié dans nos départements du Haut et Bas Rhin, ne sera désormais admis à y prendre domicile...

Pour contraindre à l’égalité devant l’obligation militaire; « La population juive (qui payait pour ne pas être enrôlée et marquait sa distanciation avec la nation française), ne sera point admise à fournir des remplaçants pour la conscription; en conséquence, tout juif conscrit sera assujetti au service personnel. » Avec le « décret impérial concernant les Juifs qui n’ont pas de nom de famille et de prénom fixes », chaque individu pouvait dès lors être conscrit. Birnbaum qui trouve discriminant de perdre  « le droit de se faire remplacer sous les drapeaux » est contredit par Badinter qui souligne « l’avancée que représente pour un juif la possibilité de défendre sous les drapeaux la Nation française ». Ce sentiment ne fut probablement pas général si l’on en juge par la nécessité du décret sur ce point et par les errements en Israël, où en 2016 la conscription s’imposait à tous de façon imparfaite et où la question était encore débattue en 2020 aux législatives pour les « haredim » (juifs ultraorthodoxes 12%).  

 

L’initiative napoléonienne eut pour effet d’amener la nation juive à convertir l’émancipation accordée aux juifs par la Révolution, en un programme d'assimilation comme attendu en retour.

Les consistoires juifs, relais convaincus de cette nécessité, concourront à l'évolution vers un judéo-christianisme de la morale et de l’éducation de leurs fidèles, conséquence de leur soumission aux lois de la Nation française et à leur renoncement à vouloir former une nation dans la Nation Française.

Ils se rallieront enfin à leurs ancêtres dissidents juifs du IIe s. av JC tentés par l'hellénisme et révoltés contre leurs coreligionnaires traditionalistes, à qui ils disaient déjà; "Allons unissons-nous aux nations autour de nous, car depuis que nous nous tenons séparés d'elles, il nous est arrivé beaucoup de malheurs " (premier livre des Maccabées).

Le discours du consistoire central des israélites à Paris le 25 décembre 1808 par le grand rabbin Sègre,  illustrera la réussite de l’assimilation des juifs voulue par Napoléon; « Et qui parmi nous, ne voit pas renouveler ces lumineux exemples de la main de Dieu, opérante dans l’avènement au trône impérial de France, du sage, invincible, et immortel Napoléon ?Qui en se retraçant ses actions ne les reconnaîtrait pas dans ces paroles du Prophète ?…Napoléon-le-Grand est le don inappréciable que la bonté divine a fait au siècle pour le bonheur de l’humanité. N’est-il pas fort rare de voir associer à la valeur guerrière, la justice, la prudence, la tempérance et toutes les vertus sublimes qui seules rendent l’homme parfait dans l’art de gouverner… Prosterne –toi ! Israël, devant le créateur du ciel et de la terre ; remercie sa bonté ineffable de tous les bienfaits dont il t’a comblé jusqu’à ce jour. Tu n’es plus, ô Israël ! sur un sol étranger…»

 

(*) La civilisation, l’éducation ou la morale judéo-chrétienne… De pieux poncifs infondés. Une histoire autant juive que chrétienne; textes précédents: 

(1/3) L’antichristianisme des rabbins, le Talmud, l’usure... 

(2/3) l’interprétation judaïque de la loi dans les nations d’accueil, la perception des juifs par des esprits éclairés, les disputations , le renfermement des communautés, l’âge d’or sans fruits d’Al-Andalus , l’antichristianisme des ultras à Jérusalem...

(**) Le guide des juifs d’Europe rappelle les conditions difficiles de l'acceptation des juifs ashkénazes par les « portugais » séfarades de Hollande. « …Pas d’aumônes pour eux à la sortie des synagogues, pas de mariages entre séfarades et ashkénazes, le cimetière juif d’Ouderkerke était interdit aux ashkénazes…Napoléon a régulé les relations entre juifs «allemands» et « portugais», ... sous la houlette d’un consistoire supérieur. » 

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