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L'apostilleur

Ne pas rire (se moquer), ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre (Spinoza)

(2/3) La civilisation, l’éducation ou la morale judéo-chrétienne… De pieux poncifs infondés. Une histoire autant juive que chrétienne

 

Dans la première partie, dédiée à la coresponsabilité de la nation juive à s’opposer à toute forme de judéo-christianisme, quelques traits significatifs nous ont instruits de l’antijudaïsme de Luther, de l’exception judéo-chrétienne des Eglises paléochrétiennes et des juifs Massorti, de l’antichristianisme des rabbins, des effets du Talmud, de l’usure …

Ceux qui suivent ici complètent cet impossible fondement pendant deux mille ans avec l’interprétation judaïque de la loi dans les nations d’accueil, la perception des juifs par des esprits éclairés, les disputations (ces conflits pas toujours théologiques), le renfermement des communautés, l’âge d’or sans fruits d’Al-Andalus, l’antichristianisme des ultras à Jérusalem...

  • S’agissant des textes juifs.

Certains passages peu connus méritent une attention pour comprendre l’aversion ancienne de la communauté juive envers les chrétiens, obstacle insurmonté longtemps pour une communion judéo-chrétienne de la morale et de l’éducation.

Si les temps modernes ont presque (****) vu disparaître les expressions d’un antichristianisme virulent, Gerónimo de Santa Fe, en son temps, « a apporté une liste de paroles qui devaient être effacées du Talmud car portant atteinte à l'honneur du christianisme ».

Le «Talmud démasqué», livre du prêtre Pranaitis (1892), contiendrait « de fausses citations du Talmud destinées à faire croire que les juifs ne considéreraient pas les non-juifs comme des êtres humains et qu'il recèlerait des passages blasphématoires envers Jésus-Christ et outrageants envers les chrétiens ». Si le prêtre a pu être emporté par son antijudaïsme, les sources de la même veine sont légions, malgré des traductions du Talmud longtemps confidentielles et incomplètes. En 1554, « …une bulle papale autorisait les Juifs à posséder des livres hébraïques, à condition qu’ils ne continssent aucun passage offensant. En 1559, quelque 11000 livres hébraïques sacrés furent saisis à Crémone, et brûlés publiquement ».

Comme on l’a vu précédemment, le Talmud composite foisonne tout au long de ses milliers de pages de règles et d’interdits à propos des non-juifs. Ses règles conditionnent la vie de la nation juive et l’isole des valeurs partagées ailleurs dans les nations qui l’accueillent.

Le regretté Josy Eisenberg soulignait, lors du colloque parisien "Quel judaïsme pour demain" avec Jacques Attali et le rabbin Adin Steinstalz à propos de l’extinction en cours du judaïsme en Europe notamment, cette intransigeance rabbinique toujours vivace, obstacle à son ouverture et à son renouvellement.

« Les barrières ethniques juives demeurent fortes. Pendant une grande partie de l'histoire d'Israël, les Juifs séfarades et mizrahi ont été sous-représentés de façon disproportionnée au sein du gouvernement… les Juifs ashkénazes continuent de dominer les institutions publiques.»  L’histoire récente des Falashas, ces juifs éthiopiens admis difficilement à la nationalité israélienne et qui restent en marge de la société est douloureuse. Le scandale des injections de contraceptifs administrés à l’insu des femmes Falashas qui aura fait baisser de 50% les naissances, marque d’une pierre sombre la xénophobie persistante de certains juifs israéliens. Ils ont oublié que Tharbis le seconde femme de Moïse (ou la première dans le livre des Nombres) était Koushite (Yémen ).

Le prosélytisme rabbinique possible moteur d’une ouverture à l’autre, n’a eu ni conquistadors ni missionnaires sauf en des temps très anciens (*1/3) comme l'explique l’historien israélien Shlomo Sand pour les Khazars, peuple indo-européen converti, ancêtres des ashkénazes (juifs d’Europe Centrale). La conversion au judaïsme des rois d’Himyar (Yémen) Abü Karib et Yüsuf ne fait plus de doute non plus.

L’austérité judaïque condamne aussi de nombreuses formes d’expression artistique, sculpture, peinture, musique, littérature, architecture… et s’oppose à des échanges possibles sur ces thèmes. Ainsi ni à Venise, ni à Florence, ni à Tolède ni à Prague ni à Jérusalem, des foyers judaïques pourtant persistants, vous ne trouverez de traces remarquables d’une expression artistique juive qui aurait pu rapprocher juifs et non juifs. Elle reste inexistante jusqu’au XIXe s. ( le musée d’art et d’histoire juive à Paris ou l'exposition "juifs d'Orient" qui s'est tenue à l'institut du monde arabe révèlent cette absence artistique), lorsque des juifs assimilés s’émanciperont de leurs interdictions religieuses de représenter des animaux, des figures humaines… Les magnifiques synagogues de Florence et de Rome s'élèveront au XIXe s., en puisant leur inspiration architecturale dans le creuset des autres nations, byzantine, romaine ... 

La nation juive épiphyte s’est maintenue sans nourrir sa culture de celle des autres.

Traversant les époques et les pays, le peuple juif a suscité la curiosité des intellectuels qui ont davantage rendu compte de leurs sentiments ou de leurs observations distantes, qu’ils nous ont expliqué cette nation dispersée impénétrable.

Observateur de ce peuple respectueux de ses règles (voir son cours « Philosophie et droits de l’Homme »), Jean DUCRET tente une présentation comparée de la fraternité, notion fondamentale pour un rapprochement, selon qu’elle est juive ou chrétienne et distingue des conceptions qui s’égrènent dans les textes religieux. A l’œcuménicité chrétienne «… conception totalement révolutionnaire quant à l’intensité de l’amour qu’elle exige … et le devoir d’aide et d’assistance à tout homme qu’elle impose », il oppose « …l’ethnocentrisme judaïque …l’universalité est absente : la fraternité ne va pas au-delà des hébreux qui ont conclu une alliance avec Dieu et le prochain qui est le membre de la même famille et non l’être humain en général ».

Pour Rousseau, dans les « Fragments Politiques », le séparatisme du peuple juif est constant ; "Sion détruite n’a point perdu les siens, ils se conservent, ils multiplient, s’étendent par tout le monde et se reconnaissent toujours, ils se mêlent chez tous les peuples et ne s’y confondent jamais avec ses traditions...sans chef…".  Dans  « l’Emile » il souligne les motifs de sa suspicion ; "Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des juifs, qu’ils n’aient un État libre, des écoles, des universités, où ils puissent parler et disputer sans risque. Alors seulement nous pourrons savoir ce qu’ils ont à dire". Le temps lui a donné raison. Il serait instruit aujourd’hui par ce qui se dit et se fait à Jérusalem (1) sous l’impulsion de certains fervents décomplexés de l’orthodoxie judaïque.

Quant aux écrits de Voltaire à propos des juifs (dans la version originale du Dictionnaire philosophique de 1764), ils lui ont valu de quelques-uns à la rancune tenace, une pétition en 2018 qui aurait eu pour conséquence son éviction du Panthéon pour l’arrivée de Simone Weil. Cela suffit-il à expliquer pourquoi « …les versions actuelles sont prudemment expurgées » ? L’aseptisation des textes de Voltaire doit-elle s’imposer au commun des lecteurs qui seraient incapables de distinction en lisant les mots de Voltaire d’alors qui n'ont plus cours ? Les lire ou en parler ne permet-il pas aussi d'en juger ?

 

  • Au Moyen-Age, des confrontations entre chrétiens et juifs nous éclairent avec des conflits explicitent.

Les disputations expriment les différents idéologiques abondants qui se sont répandus au fil des siècles entre chrétiens (parfois des marranes ou des juifs érudits connaisseurs du Talmud convertis au christianisme) et juifs, à propos de certaines assertions comme celle controversée, de « Jésus fils de Marie coiffeuse pour dame.. ».

Une disputation célèbre sur fond de procès du Talmud conduite par Nicolas Donin, juif hébraïsant converti connaisseur du Talmud qui avait instruit les catholiques de l’antichristianisme qu'il contenait, se conclut avec Saint-Louis en 1242 par un autodafé des Talmud à Paris et trouve un rebondissement huit siècles plus tard révélant un antichristianisme persistant. Certains juifs ont vu dans l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris (2019) « …le châtiment divin venu punir l’autodafé du Talmud, au cours duquel des charrettes entières de textes juifs avaient été brûlés par les prêtres catholiques français… ». Rappelant au passage que le « christianisme est notre ennemi numéro un à travers l’histoire. On a tenté de nous convertir que ce soit par la parole ou par la force, nous avons été les victimes de l’Inquisition menée contre nous, on a brûlé des Talmud, il y a eu des expulsions, des pogroms. L’antisémitisme occidental est né de la haine des ‘assassins de Dieu’. Tout cela a aussi eu un rôle dans la Shoah ».

Ils auront réussi à scandaliser aussi des religieux israéliens.

L’épisode aurait été opportun pour faire interdire en Israël cet antichristianisme, comme l’antisémitisme en France. A commencer par la suppression de la malédiction birkat ha Minim du schmone esré, (prière récitée la semaine) à l’encontre des chrétiens depuis deux mille ans.

 

  •  Des textes religieux qui enferment les communautés.

Malgré des cohabitations parfois longues et des périodes d’ententes fructueuses, la présence du peuple juif dans de nombreux pays, n'a pas été suivie d'une assimilation car contraire à sa doctrine religieuse aux conséquences politiques et sociales. Diderot dans son Encyclopédie explique cet isolationnisme par l’effet des ordonnances hébraïques qui « prescrivent de vivre ensemble …de ne point s'allier aux étrangers, de se marier entre - eux… les lient plus étroitement, …les séparent des autres hommes…".  Napoléon évoquera «...une nation à part, dont la secte ne se mêle à aucune autre ...)

Si les relations avec les chrétiens n’ont pas su construire de pièces communes dans la maison d'Abraham, celles avec les musulmans non plus.

Pourtant la Jérusalem sépharade de Tolède était une opportunité. La plus grande communauté juive d’Espagne, est exemplaire en ce qu’elle démontre que l’influence juive ne se diffusait pas dans les sociétés où elle s’insérait et se développait, encadrée par sa doctrine talmudique sans autres porosités que celles nécessaires. Certains y revendiquent une présence dès le premier siècle. Après avoir fait appel aux musulmans pour s’épargner la conversion au christianisme dont les menaçaient les WISIGOTHS, ils se sont accommodés pendant huit siècles de la domination musulmane. Une dizaine de synagogues s’éparpillaient dans la ville avant la Reconquista, il n’en subsiste que deux, dont celle discrète mais à voir du Tránsito avec son quartier juif qui en 820 aurait été cerné d’un mur (volonté ou contrainte ?), disparu aujourd’hui.

Richard Ayoun (historien) montre aussi comment les communautés profiteront les unes des autres avec des influences limitées. Sa vision lyrique de l’existence au XIe s. « … d’une civilisation (?) séfarade vivant en symbiose avec la civilisation ambiante pendant un âge d’or … qui a duré trois quart de siècle », passera sur l'arrivée des Almohade vers 1150 qui feront fuir Maïmonide à l'âge de vingt-cinq ans. Il recommandera aux juifs dont la grande majorité restera, de se convertir de bouche mais pas de coeur.

Il n’existait pas non plus de culture, de morale, de civilisation judéo-islamique dans l’Al-Andalus médiévale.

Ainsi le judaïsme "diasporisé" tenu par sa colonne vertébrale talmudique n'a pas produit une nation rayonnante malgré la persistance de ses communautés. Sous le joug de leurs hôtes elle n’a pas pu ni voulu diffuser son particularisme. Rambam (Maïmonide) considérait que pour entrer en contact avec les idolâtres (non-juifs) il n’y avait que deux moyens ; « la guerre ou l’admonestation et l’éducation ». Il ne pourra ni l’un ni l’autre. Conformément à la prophétie (Bible livre de l'Exode) ?  

 

  • Où en sommes-nous ?

Pour les catholiques. Il aura fallu attendre Vatican II en 1965 et sa déclaration « Nostra aetate» pour que l’Eglise catholique révise ses positions et « … déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme ». Par ces quelques phrases elle rompt avec la responsabilité du déicide attribuée au peuple juif dans son entier depuis la mort du Christ, en l’imputant aux seuls juifs de Jérusalem d’alors. Plus récemment, le Vatican a rassuré les rabbins de Jérusalem sur la volonté des chrétiens de ne plus chercher à convertir les juifs, préalable selon l’Apocalypse de Saint-Jean, à la parousie (retour du Christ).

Cette proclamation pourrait être moins anodine qu’il n’y paraît si l’on en juge par les vives réactions récentes provoquées par un entretien entre Elkabbach et Véronique Lévy (sœur de BHL) juive convertie. Celle-ci lui confiait que la conversion au christianisme est « l’accomplissement absolu d’un juif ». Il lui a répondu redouter de cette conversion « la fin du peuple de Moïse… qui le ferait disparaître pire que d’autres ont essayé de le faire ».

Sans envisager la conversion, pour Pierre Birnbaum (2007) dans « L'Aigle et la Synagogue. Napoléon, les Juifs et l'État », l’assimilation voulue par Napoléon, a conduit à « l’abdication de la nationalité juive (et) constitue une sorte de suicide, un suicide à l’échelle nationale ». Loin du conseil d’Ambroise de Milan « Si tu vas à Rome vis comme on y vit », il regrette une nation juive supranationale, en droit d’exister au sein d’autres nations avec ses propres règles et de s’exonérer de toute redevance contraire. A-t-il envisagé qu’à côté de cette nation juive « hors sol », il devrait en admettre d’autres, chrétienne, musulmane… Dans une République conduite par les prérogatives de chacune ? Une exigence impossible pour les juifs israéliens si elles venaient de leurs compatriotes israéliens palestiniens. 

Ces épisodes illustrent-ils la crainte de la conversion pour certains juifs, d’une hypothétique soumission au nom d’une prophétie biblique « … le peuple aîné obéira au plus jeune », ou la persistance coûte que coûte d’une nation indépendante ancrée dans certaines consciences ?

Les manifestations nombreuses de l'antichristianisme restent prégnantes. Pour Jean-Paul II: « Nous devons travailler ensemble pour construire un avenir dans lequel il n’y aura plus ni antijudaïsme parmi les chrétiens ni antichristianisme parmi les Juifs ». On ne voit pas encore le bout du chemin. Le grand Rabbin Kaplan avait pourtant reconnu les efforts accomplis par les catholiques, en en prenant acte dans un projet resté lettre morte. Probablement parce qu’il n’avait pas convaincu certains extrémistes à Jérusalem (Le Point International y dénonçait les néonazis hébreux ), qui remplacent le signe + de l'addition par un T à l'envers et crachent sur des chrétiens. D’autres ont une perception plus amène des relations judéo-chrétiennes, comme Moshe Aumann dans sa publication "l’Association de Chrétiens et Juifs en Israël". Un espoir à entretenir.

 

Sans la crucifixion de Jésus de Nazareth et sa résurrection, pas de christianisme. Le judaïsme aurait eu une autre dimension sans l’antagonisme judéo-chrétien millénaire. 

 

 

 (1) Les manifestations du racisme antichrétien actuel de juifs en Israël persistent toujours (Incendie criminel dans l'abbaye de la Dormition.) « Mgr Giacinto-Boulos Morcuzzo a exprimé ses inquiétudes, avec ces événements contre la présence chrétienne en Terre Sainte »

Si en Europe on déplore les déprédations dans les cimetières, en Israël aussi.

(****) Le cimetière du monastère salésien de Beit Gemal vandalisé

 

Un autre cimetière vandalisé à Bethléem ; les inscriptions en hébreu disent « Mort aux Arabes », ceux-ci étaient chrétiens.

 

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