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L'apostilleur

Ne pas rire (se moquer), ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre (Spinoza)

Zemmour, caricaturiste des mahométans. Enthoven, des déclarations maladroites à la Convention des droites...

Il n’y avait qu’une droite à cette convention qui cherchait ce qu’elle n’a pas encore « Trouver une alternative au progressisme ». On aura compris ici que le progressisme ne veut rien dire d’autre que Macron et on aurait pu s’attendre à découvrir des pistes de rassemblement pour ces droites diverses, passage obligé pour un éventuel avenir, pour Zemmour et Enthoven.

Au lieu de cela, Zemmour narrateur, à rappeler aux spectateurs que « …la France a la droite la plus bête du monde » et Enthoven à l’adresse des spectateurs, devine que « ce qui ne marchera pas, et j’en prends l’avenir à témoin, c’est la tentative d’arriver au pouvoir et de construire une alternative au progressisme… ». On aurait préféré les entendre échanger leurs convictions ; exercice nécessitant courage et argumentations.

Les orateurs n’ont pas répondu au thème fixé, ils n’ont rien « trouvé » et se sont contentés de jouer chacun leur partition comme il l’entendait mais peut-être pas comme les spectateurs l’attendaient. On aura pu vérifier aussi que l’accès à la tribune ne fait pas pour autant de son hôte un tribun.

Pour paraphraser J. Chirac qui disait en 1985, « … Le Pen répète certaines choses que nous pensons, un peu plus fort et mieux que nous, en termes plus populaires. », on relèvera que Zemmour a dit «un peu trop fort et moins bien que d’autres jours, en termes impopulaires certaines choses qui sont pensées». Peut-être aurait-il fallu pour qu’il convainque d’avantage ce jour-là, qu’il soit aiguillonné par une actualité postérieure à sa participation avec les frasques du « candidat des banlieues » Traoré qui souhaite organiser un rassemblement à Gonesse en soutien à l’assassin de la préfecture Mickaël Harpon.

Cette convention n’a fait le lit de personne. Ostracisée avant l’heure, elle était vouée aux gémonies quoi qu’il en sorte. Les acteurs au banc des populistes se savaient devoir finir au pilori, ils ne furent pas déçus. Ce qu’ils ne savaient peut-être pas c’est qu’avec des discours de chauffeurs de salle à l’éloquence convenue, ils décevraient les aficionados présents si l’on en juge par les applaudissements polis entendus. Immergés dans leur microcosme partisan ils oublièrent qu’on les regardait ailleurs aussi. A en juger par l’accueil des participants, les propos attendus et sur-joués pour leur plaire n’ont pas fait recette au-delà des vingt euros pour prix des places.

Le Zemmour n°1 des ventes avec son livre «  Le Destin français », n’a pas transformé son essai de six cents pages à l’oral. Les images outrancières, sensées éclairées son discours ont heurté les esprits même acquis à sa cause. L’essayiste a raté cet examen politique donnant raison à Marine Le Pen qui n’aurait pas voulu lui laisser les rennes de son parti pour une représentation sous ses couleurs au parlement européen.

Son discours mono-ton centré sur « …la mondialisation heureuse a fait sortir des centaines de millions de chinois ou d’africains de la misère et tant pis si elle a fait plonger des dizaines de millions d’occidentaux dans la pauvreté … », « …les juges conditionnés par la propagande de gauche dès l’école de la magistrature… » ou encore prédisant à l’assistance que «… les prochains esclaves c’est vous », au motif de l’inversion des courbes démographiques d’Europe et d’Afrique, n’a rien apporté au thème de la convention.

Les organisateurs ont finalement bien joué avec la présence d’Enthoven, qui malgré lui aura profité au parti des spectateurs s’ils l’ont entendu. En montrant à l’assemblée les points de vue identiques de la droite et du PS qui pensent encore que « l’affrontement de demain c‘est la gauche contre la droite », et avec son avis entier adressé aux participants « ne changez pas d’avis car vous avez tort », il peut avoir réveillé malgré tout chez quelques-uns un aperçu des attendus des français dans cette France aux nombreux et inexorables changements sociétaux en cours. Faire le constat incessant de ce qui ne convient pas ne suffira pas pour que ces « idées » accèdent au pouvoir.

Avec quelques recommandations bien senties comme celle de « la caducité du paradigme droite gauche », il leur a fait toucher du doigt que les élections ne se jouaient plus sur la base des anciens clivages, (il aurait pu le justifier en rappelant le rôle suicideur des frondeurs, torpilleurs du PS). Le nouveau monde qui oppose « libéraux contre souverainistes… ou mondialistes contre patriotes » a mis en place un système libéral « …et s’est définitivement installé dans le pays » a-t-il prophétisé.  

Enthoven a fait remarquer « qu’il avait plus à perdre à venir qu’à rester chez lui ». Si la suite lui a donné raison, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Ses propos de « prof de philo » comme il aime à le rappeler, ont raisonné comme dans un amphi où il n’était pas. Si l’esprit de quelques mots ont trahit une tête bien faite comme on l’attendait, sa récitation écrite n’a pas manqué d’exaspérer par ses accents de donneur de leçons. Déconnecté des problèmes de l’immigration, « toile de fond et fonds commerce » des participants, on l’aurait apprécié convaincant, argumentant la controverse plutôt que péroreur de refrains probablement sans effet ici, lâchant doctement aux présents « pardonner moi, vous êtes aisément réfutables ».  

Marion Maréchal lucide sur ce point aura fait le constat de la scission « …idéologie contre réalisme ». Elle aurait pu démêler dans les interventions des orateurs la part de chacun attachée aux rives de ce clivage, on aurait vu alors la barque pencher au gré des exposés vers l’une et l’autre pour chacun. Des cinq défis du XXIe s. qu’elle entrevoit, « le plus vital est celui du grand remplacement », c’est la « toile de fond, fonds de commerce » de son dessein politique si quelqu’un en doutait.  

Si d’aucuns sont révulsés en écoutant ses vielles antiennes du FN, personne n’ignore que les temps qui ont changé les éclairent différemment aujourd’hui. Le FN de JM Le Pen réunissait déjà plus de français que le PS en 2002 et avec sa fille quinze ans plus tard, c’est maintenant plus d’un français sur trois qui votent pour le RN.  Marion Maréchal a judicieusement souligné l’avancée d’E. Macron sur le thème de l’immigration avec le débat lancé à l’Assemblée Nationale par E. Philippe. Perspicace, E. Macron sait que les français qui ont voté pour lui ne se détournent pas pour autant du sujet, il rejoint donc les préoccupations de la majorité à en croire les sondages qui suivent, socle de cette convention.

L’IFOP constatait en 12/2018 « Pour une majorité, les enjeux prioritaires concernent la lutte contre l’immigration clandestine (53%) et le coût de l’immigration (52%). Ces deux dimensions devancent l’intégration des personnes étrangères (41%) ou l’accueil des migrants (36%)…». En septembre 2019,  un sondage Ipsos révèle que « … 60% des Français voient les migrants comment une menace. » Les intervenants ont éclairés différemment chacun leur tour cette « menace » que R. Ménard semblant épuisé, a dit vivre trop seul au quotidien à Béziers. Son témoignage a pu en émouvoir certains. 

Les français soulèvent un paradoxe apparent avec leurs priorités qu’on ne retrouve pas dans leurs votes pour le candidat E. Macron qui considérait dans son programme que "L’immigration ne devrait pas inquiéter la population française […] elle se révèle une chance d’un point de vue économique, culturel, social". On comprend au passage pourquoi le devenu Président aura attendu que les français oublient ses déclarations électorales avant d’aborder ce sujet primordial pour les français selon les instituts de sondages.

Faudrait-il en arriver à devoir glisser deux bulletins de vote, un pour chaque candidat dont les thèmes additionnés enveloppent la volonté des votants ? Utopie irréalisable qui condamne chaque élection à rester imparfaite et aux oppositions violentes qui ponctuent chaque mandat.

Si l’objectif de la convention était de faire entendre les lanceurs d’alertes sur les conséquences migratoires, il est atteint à en juger par le nombre de vues des discours. Mais le constat est une étape, la suite reste à trouver avec des orateurs devenus débateurs. N’en déplaise à Patrick Cohen et consorts, la parole doit être libre et donnée aussi aux minorités déplaisantes que chacun combattra autrement que par des postures infondées. Taddéï promoteur de joutes intellectuelles est un exemple que la Convention des droites dite « en dehors des partis » pourrait suivre.

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