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L'apostilleur

Ne pas rire (se moquer), ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre (Spinoza)

Si la planète entière (ou presque) condamne l’assassin des musulmans de CHRISTCHURCH, les médias « tabloïd » ne s’étendent pas sur la cause.

‘’Suprémaciste’’ ‘’Raciste’’ ‘’Extrémiste ‘’ … autant d’épithètes un peu courts pour comprendre.

L’explication des motivations du tueur serait passée par Renaud Camus et sa théorie du « grand remplacement », mais pas seulement à l’en croire ; « Pendant des années, j’avais entendu parler et lu des choses sur l’invasion de la France par les non-Blancs, mais je croyais que ces rumeurs et ces histoires … » explique-t-il.

Nos médias se sont plu à se recopier facilement, sans chercher l’origine de son geste. Se faisant ils occultent la vraie question ; d’où lui viennent ses motivations ? La réponse, qui ne saurait être une excuse, pourrait être à deux étages.

L’histoire récente de l’immigration européenne, jonchée d’interventions politiques et médiatiques qui depuis près d’un demi-siècle nous expliquent le grand dérangement sociétal qu’elle provoque, pourrait être le deuxième étage. L’état des lieux ici ne concernera que la France.

Que pèse la théorie récente de Renaud Camus, qui suppose un remplacement organisé des européens par des populations étrangères facilement exploitables, et qui aurait contribué à forger la conviction de l’assassin, comparée aux innombrables discours de nos responsables politiques ?  

Alors qu’a « entendu et lu » le tueur des mosquées ?

 Il ne sera question ici que de responsables français dont les convictions ne sont pas inféodées aux « populismes », chiffon rouge du « progressisme ».

Aveuglés par la mémoire défaillante de Marine Le Pen, nos observateurs ont oublié de remonter le fil de cette histoire dont l’enjeu a dépassé pour de nombreux européens, ceux économiques.   

Les quelques rappels qui suivent permettent de mesurer la progression et l’accélération de la transformation de nos sociétés occidentales au fil de ces dernières décennies. Qu’elles aient conduit à des théories comme celle du « grand remplacement » ou à des romans comme celui de Houellebecq semble inéluctable. Se limiter à condamner ces textes dont chacun pourra mesurer l’outrance romancée ou théorisée, a moins d’intérêt que d’observer les raisons qui les rendent crédibles pour beaucoup. On trouvera une kyrielle de discours, déclarations et constats successifs de nos dirigeants sur le fond depuis des décennies. Chacun jugera de la responsabilité des auteurs comparée à celle de Renaud Camus dont le livre ne devait être connu que de quelques initiés avant CHRISTCHURCH. A noter que cet état des lieux répétés dans un contexte communautaire tendu a certainement inspiré en France, les dix « ultras » interpellés en juin 2018 avant qu’ils ne commettent un attentat contre les musulmans.

Extraits.

Giscard d’Estaing, évoque récemment dans le livre d’Eric Roussel, un de ses grands regrets politiques, le regroupement familial. «L'idée en soi était juste et généreuse […] Mais elle a été mal appliquée, et j'ai eu le tort de ne pas plus surveiller l'application ; j'en ai donc la responsabilité […] Nous visions le noyau familial tel que nous le connaissons et nous avons vu arriver des noyaux familiaux totalement différents»

On trouvera un autre commentaire de la même veine que la théorie de Renaud Camus. En 1991, dans Le Figaro Magazine, il « ...annonçait que le problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de l’immigration à l’invasion ». 

Pour mesurer à quel point Giscard d’Estaing était préoccupé par cette situation, il faut lire l'historien Patrick Weil qui lui a consacré une biographie en 2015 ; «… le président souhaitait dénoncer les Accords d'Evian de 1962 pour pouvoir rapatrier quelque 500 000 Algériens en cinq ans… Mais VGE aurait été confronté à l'opposition du Conseil d'Etat et de ses ministres Raymond Barre et Simone Veil.» Autre motif justifiant l’absence de VGE aux cérémonies consacrées à Simone Veil a-t-on dit.

Jacques Chirac, en 1985 à propos de l’immigration dénoncée par Jean-Marie Le Pen ; « … Le Pen répète certaines choses que nous pensons, un peu plus fort et mieux que nous, en termes plus populaires. » En 1991, il avance sur ce chemin « Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des noirs … ».

Chevènement en 1986 rappelle que « …l’assemblée Nationale a voté à l’unanimité la carte de séjour visant à stabiliser le nombre d’étrangers en France… ». Clairvoyant il affirmait qu’« il ne faut pas se servir de l’immigration comme d’un punchingball entre la droite et la gauche ». Il considérait que ce problème transparti devait être posé au niveau de la nation.

La même année, Charles Pasqua expliquait toujours à l’assemblée Nationale « …l’immigration en France est porteuse d’un risque grave qu’il ne faut pas se dissimuler… »

 

Mitterrand en 1989 avec Elkabbach, aborde le sujet de l’immigration ; « … il prend une ampleur considérable et, à ce moment-là, si c'est un fait à Dreux ou à Marseille, ceux qui vivent à Strasbourg ou à Roubaix ont le sentiment qu'ils sont aussi touchés. …Il y a un certain nombre d'endroits dans lesquels des ghettos se sont créés… Le seuil de tolérance a été atteint dès les années 1970 où il y avait déjà 4 100 000 immigrés... Il faut que les Français comprennent que c'est un problème européen, pas seulement français …Et puis, il y a des immigrés qui ne le sont plus dans la mesure où ils sont naturalisés ; c'est encore un autre problème. »

A propos de la porosité de SCHENGEN ; « … Je dois dire que l'Allemagne nous envoie très facilement ses Turcs.

A propos de l’intégration et des lieux de culte ; « …le cas échéant, sans en abuser. »

Mitterrand répétera la même chose en 1986 « Ne croyez pas que nous avons à faire à une marée humaine. Simplement, il y en a trop. »

Richard Ferrand se référera récemment aux propos de François Mitterrand pour gauchir sa mesure. LRM prévoit de limiter l’immigration en France ; « … Ce que nous voulons… c'est organiser les modalités de reconduite à la frontières des personnes que nous ne pouvons pas accueillir et que nous ne pouvons pas intégrer. »

En Allemagne aujourd’hui, le nouveau parti Aufstehen de Sarah Wagenknecht (proche de La France Insoumise) fait recette avec les anti-migrants allemands captés jusqu’alors l’extrême droite, en usant de la remarque de Jacques Chirac qui posait la question ; « … pourquoi Jean-Marie Le Pen devrait avoir le monopole de souligner les vrais problèmes (l’immigration) ? ».

A La France Insoumise, Djordje Kuzmanovic responsable des questions internationales devait être sensible à l’argument en jugeant les propos de la fondatrice d'Aufstehen « …de salubrité publique ». Considérant probablement cette formule ravageuse pour une partie de son électorat, Mélenchon le sermonnera.

Les communistes (l’Huma 10/2018) sont partagés et certains regrettent « la naïveté du discours de gauche » quand d’autres s’opposent à l’idée que se fait Sarah Wagenknecht d’une « submersion migratoire » qui créerait les conditions d’une exacerbation de la concurrence des travailleurs entre eux et qui « pèserait sur l’infrastructure sociale ». S’est-elle inspirée de Renaud Camus ? Les communistes aujourd'hui ont oublié ce que disait Georges Marchais en meeting de Pantin en 1980, "Il faut stopper l'immigration officielle et clandestine..."

Nicolas Sarkozy ne sera pas en reste, en octobre 2018 il déclarait au Figaro ; « Nous n'avons encore rien vu de la crise migratoire qui s'annonce (...) La question migratoire ne peut plus être gérée par un commissaire inconnu et sans légitimité politique. Elle doit l'être par un gouvernement européen composé des ministres de l'Intérieur, qui éliront en leur sein un président, rendront des comptes démocratiquement et à qui on devra rattacher Frontex». Sur l’islamisme radical: «…Nous sommes encore trop naïfs et trop faibles».

François Hollande se livre dans son livre «Un président ne devrait pas dire ça».  L'intégration. «… accumulation de bombes potentielles liées à une immigration qui continue. Parce que ça continue… Je pense qu'il y a trop d'arrivées, d'immigration qui ne devrait pas être là … il faut à un moment que ça s'arrête.La sécession des territoires «Comment peut-on éviter la partition? Car c'est quand même ça qui est en train de se produire: la partition… Quand on lit Finkielkraut, Zemmour, Houellebecq, qu'est-ce que ça charrie? Toujours la même chose, la chrétienté, l'histoire, l'identité face à un monde arabo-musulman qui vient… C'est ça qui fait que les gens basculent... Il y a des choses qui les taraudent, ils arrivent dans un train, ils voient des barbus, des gens qui lisent le Coran, des femmes voilées…»

A l’assemblée Nationale en 2018, Gérard Collomb donne un avis éloquent sur ce sujet en France ; « Mesdames et Messieurs les députés, Quelle que soit la sensibilité des uns et des autres sur le sujet évoqué ce soir, un premier constat s’impose : on ne saurait continuer très longtemps dans cette voie qui est à la fois indigne des traditions d’accueil de la France, et de plus en plus difficile à vivre pour un certain nombre de nos concitoyens. 

En 2010 le nombre de migrants était de 103.000, il a bondi à 291.000 en 2014 pour dépasser les 1.8 million de personnes en 2015… 

Il y a donc urgence à réagir face à une situation qui se dégrade d’année en année.» 

En octobre 2018, lors de la passation des pouvoirs place Beauvau, Gérard Collomb dresse un aperçu de la situation : « Monsieur le Premier Ministre, j'ai un message. Je suis allé dans tous ces quartiers populaires, où la situation est très dégradée et où le terme de reconquête républicaine prend tout son sens. Car, aujourd'hui, c'est la loi du plus fort qui s'impose, celle des narcotrafiquants, des islamistes radicaux qui ont pris la place de la République. Quand les quartiers se paupérisent, il n'y a de possible que l'insécurité. Aujourd'hui, nous vivons côte à côte, et je crains que, demain, nous ne vivions face à face. »

Selon la Cour des Comptes, et sa note d’analyse de l’exécution budgétaire 2017, «  La France fait face à une augmentation quasiment constante de la demande d’asile tout au long de la période 2008-2017. L’augmentation de près de 135 % de la demande d’asile entre 2008 et 2017 ». Ce constat fait suite à sa déclaration à propos de la politique d’asile en France (2015), dont le coût avoisine les 2 milliards d’euros par an et qui est « … est au bord de l’embolie et n’est pas soutenable à court terme ».  

On pourrait noircir des pages de commentaires sans autres conséquences que celle d’alimenter un climat xénophobe dans un pays qui ne l’était pas et dont on peut croire qu’il ne l’est pas encore.

Alors, « le grand remplacement » retenu comme explication entre autres de l’acte du tueur pourquoi pas, mais à la lumière de ces quelques rappels, on peut y trouver aussi d’autres inspirations. Les déclarations révèlent des politiques pétrifiés par le sujet depuis des décennies, car aucun n’aura pris de mesures pour traiter les problèmes qu’ils soulevaient eux-mêmes.

Nos médias superficiels et la presse rapide repassent en boucle les images des faits sans s’attarder sur les causes. Depuis 1986 avec Mitterrand qui indiquait le nombre cumulé d’émigrés, les chiffres publiés ne concernent plus que des périodes annuelles où courtes. Comme l'Huma (et pas seulement), qui tord les chiffres avec « l’ensemble des demandeurs d’asile proprement dit, il ne représente guère que 0,4 % de la population européenne en âge de travailler », chiffre établi en cours d’année, oubliant de les cumuler…  

Le premier étage pourrait se déduire de ce qu’on peut lire sur l’arme du tueur qui dévoile l’inspiration du croyant (croisé ?) et révèle les tensions religieuses exacerbées actuelles : « 1571 », date de la victoire de la flotte chrétienne sur celle des musulmans Ottomans à Lépante.  « Charles Martel » et « Tours 732 » c’est l’appellation anglo-saxonne de la célèbre bataille de Poitiers qui stoppe l’invasion arabe. Quelques érudits sauront nous dire aussi le sens des autres textes cyrilliques.

Aussi, son voyage en France n’était pas opportun s’il est tombé sur les nombreuses constatations christianophobes. Manifestation pendant la messe qui a dû être annulée à la Basilique Saint-Denis 03/2018 - Assassinat dans son église du Père Hamel - Actes anti-chrétiens en augmentation (104 pour les quatre premiers mois de 2015) etc.

Cette situation est à mettre en parallèle avec la nomination à la tête de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) du sociologue M. Introvigne pour « la lutte contre l’intolérance et la discrimination envers les chrétiens ». Dès 2011  il a proposé au Conseil de l’Europe à Strasbourg « une journée des martyrs chrétiens en souvenir de ceux tués pour leur foi… » et rappelé que  « L’intolérance et les persécutions contre les chrétiens ne sont pas suffisamment entrés dans les consciences.. Trois quart des cas de persécutions religieuses dans le monde concernent les chrétiens mais rares sont ceux qui le savent… »

Les déclarations du turc Erdogan ajoutent aux tensions religieuses ; « Si la Nouvelle-Zélande ne s'occupe pas de lui (Brenton Tarrant), nous le ferons », il réclame la peine de mort pour le tueur et évoque la bataille des Dardanelles, quand Australiens et Néo-Zélandais combattaient contre l'Empire ottoman. « Ils sont repartis à pied ou dans des cercueils et nous vous réserverons le même sort ».

 

On voit donc que les commentaires politiques et les conflits communautaires à caractère religieux sont innombrables et croissants. Après avoir sensibilisé une majorité de français, ils font le lit de la théorie de Renaud Camus et auront probablement pesés davantage dans les motivations du tueur qui, Dieu merci, reste un cas isolé pour l’instant... sous des nuages qui s'accumulent.

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