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L'apostilleur

Ne pas rire (se moquer), ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre (Spinoza)

Suffit-il d’incantations « progressistes » pour convaincre les opposants « nationalistes » et autres « populistes » européens ?

 

Angela Merkel bâillonnée par son opposition, laisse Emmanuel Macron enfiler à sa place le costume de défenseur de la cause « progressiste », et s’opposer frontalement aux anti-migrants européens, catalogués « nationalistes » et « populistes ».

Jusqu’à il y a peu encore, les contours bien découpés des partis politiques permettaient de savoir qui étaient représentés par la droite, la gauche et leurs extrêmes. Sauf que certains se sont débarrassés de leurs partisans peu présentables et ont entamé une réfection de façade parfois, et en profondeur souvent. Leurs idéologies ont suivi l’évolution des grands problèmes de société, certains courants bien ancrés ont quasiment disparu quand de nouveaux, nettoyeur également de « l’ancien monde », sont nés. Ce constat vaut dans presque tous les azimuts politiques.

Représentant du « nouveau monde », Emmanuel Macron a-t-il bien perçu que ses opposants politiques avaient muté eux aussi ?

Ainsi, se trouve-t-il confronté à des oppositions multiples de gauche à droite et du sud au nord de l’Europe, dont les courants porteurs ne suivent plus les schémas classiques de « lutte des classes ou autres extrêmes fascisants ». L’écologie, la financiarisation dominante… et les questions migratoires dominent aujourd’hui souvent les débats.

Voyons l’exemple de l’immigration qui ne manquera pas de focaliser les discours des prochaines élections européennes.

Chacun sait que l’immigration est la solution choisie par Bruxelles pour alimenter en main-d’œuvre « facile » les besoins de l’industrie allemande notamment, faire face aux nécessités démographiques de certains pays et alimenter la nécessaire croissance économique qui est la condition sine qua non pour éviter de graves frictions communautaires en cas de disette. Cette option est donc un fusil à un coup qui pourrait avoir des conséquences inenvisagées dans l’hypothèse d’éventuelles convulsions économiques.

Ainsi, Emmanuel Macron se trouve-t-il devant cette alternative cornélienne; composer avec ce tsunami européen « anti-migrants » ou revoir ce choix, indispensable à ses options économiques ?

Un examen du timing des événements et des déclarations brouillonnent, révèle la complexité du contexte.

Rappel. Comme Angela Merkel, Emmanuel Macron nous disait en 2017 que « … l'arrivée de réfugiés pouvait être une opportunité économique..." pendant qu'Angela Merkel retournait sa chemise devant les vagues de mécontentements allemandes. Ce qui l'avait conduite à déclarer ensuite « La chose la plus importante dans les mois à venir, c'est le rapatriement, le rapatriement et encore une fois, le rapatriement ».

Depuis, des raideurs diplomatiques ponctuent les échanges entre différents pays et Emmanuel Macron, qui stigmatise les nationalistes et les populistes avec sa seule et légère bannière progressiste dont personne ne sait vraiment ce que recouvre cet adjectif déclamatoire et fourre-tout depuis le début du XIXe s. Macron et consorts, prennent ainsi le risque de se couper d’une partie de leurs soutiens.

Les partisans d’une Europe macronienne pourraient envisager ce « progressisme » s’ils étaient convaincus autrement que par de simplistes antiennes assénées, laissant aux autres la charge des conséquences de leurs décisions. L’immigration, mal (ou pas) contrôlée en Europe, est une des causes de ces confrontations politiques qui risquent d’influencer les votes lors des prochaines élections européennes et pourraient leur présenter l’addition de ces discours à l’emporte-pièce.

 

Si ces nouveaux courants nationalistes et populistes grandissants sont le résultat des dernières vagues migratoires, alors il est nécessaire que les progressistes travaillent aux solutions d’intégration de ces populations. Il ne suffit pas de rappeler les concepts humanistes de notre République largement partagés par les peuples européens, les conditions de leurs mises en œuvre sont un préalable à leur acceptation. Il y va de la cohésion européenne.

L’opportunisme de Mme Merkel lors des vagues migratoires l’a conduite à se dédire rapidement et à considérer sous contrainte, les arguments déferlants de son opposition.  Ce n’est pas un bon exemple. Les dernières manifestations allemandes de Chemnitz révèlent l’opposition farouche des « nationalistes » présentés comme des nazis, fascistes et autres voyous. Certes l’image proposée par les « 20h » de leurs représentants n’est pas à leur avantage, mais les morceaux choisis de leurs commentaires ne suffisent pas à les condamner quant au contenu.  Un manifestant est montré à la tribune haranguant que « … c’est à eux (les immigrés) de s’adapter à nous, et pas à nous de nous adapter à eux ». (Saint-Augustin ne disait pas autre chose  « Si tu es à Rome, vis comme les Romains ; si tu es ailleurs, vis comme on y vit. »). En l’occurrence, les images n’escamotaient pas le fond.

Les discours sans argumentaires de nos politiques sont des pratiques périmées. Cette bataille de mots qui ne sont pas des idées est stérile. Se déclarer bonnement « progressiste », au titre d’une contradiction simpliste est un peu maigre. Marianne, qui s’est déjà interrogé récemment sur son sens politique propose trois axes ; «Le progrès économique, le progrès social, le progrès culturel et moral. Le premier est celui qui permet l'accroissement de la production ; le deuxième, celui qui permet l'amélioration des conditions matérielles de l'existence ; le troisième, celui qui conduit à la justice entre les hommes et à l'unité du genre humain. » Il est raisonnable de penser que Macron s’inspire plutôt du troisième, humaniste, dans sa confrontation avec les nationalistes européens. Mais est-ce certain ?

En 2017, Jacques Julliard dans un édito (*), décortiquait « …le mot progressiste utilisé par les bobos, qui se substitue chez Macron au mot gauche, (il reprochait) …à l’idéologie bobo d’avoir rompu l’ancienne alliance, sans laquelle nous ne sommes rien, de la gauche et du peuple. »

On voit là qu’une revendication « progressiste » indéfinie pour jeter l’opprobre sur des millions de sympathisants « nationalistes », relève du coup d’épée dans l’eau. L’anathème n’est pas un outil suffisant, il faut convaincre en remontant ses manches, expliquer le sens et les objectifs réels des décisions et oublier le mode « donneurs de leçons d’en haut » comme aux italiens qui a conduit à un exemplaire fiasco. Et les anti-migrants continueront à faire recette face à des opposants sans recette.

Pendant que le « nouveau monde » cherche ses marques, le spectre des opposants au progressisme macronien s’élargit, Sarah Wagenknecht (plutôt extrême gauche) semble moissonner un grand nombre de voix parmi les anti-migrants allemands captés jusqu’alors par la droite et l’extrême droite. Elle est bien parti pour casser les codes primitifs et élimés; anti-migrants = extrême droite, nationalistes, populistes etc. La gauche suédoise qui a fait fermer ses frontières avait déjà emprunté le même chemin.

Probablement à la recherche d’un peu de consistance à donner au  « progressisme franco-allemand », la chancelière allemande et le président français ont choisi Marseille   "… ville symbolique de la mixité des cultures méditerranéennes". On peut comprendre qu’ils aient évité Chemnitz en Allemagne de l’Est où les extrémistes de droite manifestent maintenant unis, après qu’un Allemand a été poignardé par deux migrants.  

La mixité vantée était un paradigme mal entretenu de « l’ancien monde » dont le délitement n’a été que constaté au fil des gouvernements qui se sont succédés en l’ignorant. La mixité est un état ponctuel des populations qui évolue inexorablement vers l’intégration ou le communautarisme. Angela Merkel aurait dû l‘évoquer avec Emmanuel Macron à cette occasion et lui rappeler ce qu’elle disait en 2010 « …le multiculturalisme est un échec en Europe ».

Jacques Julliard prolongeait (dans son édito cité plus haut) le constat européen de son opinion :

« …le peuple n’admettra jamais le communautarisme parce qu’il sait bien que, substitué à la République une et indivisible, il mène à la guerre civile ».

En attendant cet oracle dont l’histoire des peuples est tristement jonchée,  François Hollande a livré un constat sans ambages sur le sujet dans son livre.

Extraits à propos de l’immigration :

  • « Le seuil de tolérance?  «Je pense qu'il y a trop d'arrivées, d'immigration qui ne devrait pas être là.»

Et de prendre l'exemple des professeurs devant les nouveaux immigrés.

  • «C'est Sisyphe! On les fait parler français, et puis arrive un autre groupe, et il faut tout recommencer. Ça ne s'arrête jamais (…). Donc, il faut à un moment que ça s'arrête.»

L'islam? «Qu'il y ait un problème avec l'islam, c'est vrai. Nul n'en doute.» Le voile? «Un asservissement.» Les migrants? «On ne peut pas continuer à avoir des migrants qui arrivent sans contrôle, dans le contexte en plus des attentats.» 

 

Si au lieu de lister des constats d’impuissance, l’Europe n’organise pas efficacement la question migratoire, alors n’est-il pas à craindre que des bouleversements inédits se produisent ?

Dans « l’ancien monde », gouverner c’était prévoir.

 

 

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