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L'apostilleur

L'apostilleur

Ni dogme ni esprit partisan, juste le contraire

« L'immiscibilité » historique des populations aux religions différentes semble s’éterniser, peut-on changer cela?

« L'immiscibilité» historique des populations aux religions différentes semble s’éterniser, peut-on changer cela ? L’exemple de l’Islam est particulièrement éloquent notamment par l’importance de sa diffusion.

Une société multiculturelle recevant les apports religieux en nombre d’une autre communauté doit s'attendre à relever des défis que l’histoire difficile de certains pays méditerranéens incite à considérer. Les treize derniers siècles ont montré l’incapacité perpétuelle des sociétés quelles qu’elles soient, à permettre à des individus de religion différente à coexister durablement. Pourquoi, exemples ...

Pourquoi ? Parce que les peuples ont une mémoire culturelle collective indélébile.

Elle traverse les siècles et la trace rémanente des événements depuis leurs origines, religieuses ou autres, ressurgit immanquablement et indépendamment de la volonté des actions politiques. Elle est ancrée au tréfonds de chacun comme une trace généalogique diffuse qui lie les individus et qui ne s’efface jamais. Les exemples jonchent l’histoire. Les revendications territoriales, non économiques ou stratégiques, sont toujours justifiées par des raisons historiques et culturelles que les individus veulent revivre.

  • La conscience Tchèque endormie pendant des siècles par la domination de l’empire d’Autriche s’est réveillée pour redonner naissance à son pays (Printemps des Peuples, révolution de velours en1989).
  • La revendication des Kurde est identitaire. Leur culture repose sur une civilisation millénaire marquée de combats pour exister encore. La volonté de ce peuple est entretenue par sa mémoire. Ses héritiers ne sont pas prêts à abandonner.
  • La Turquie d’Atatürk instaure pour la première fois en 1922 un pouvoir politique séparé du pouvoir spirituel, approuvé par les pays occidentaux. Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour miner ce principe. Le peuple turc qui retrouve ses valeurs historiques approuve majoritairement ce retour en arrière.
  • Les juifs d’Israël ont ressuscité l’hébreu, une langue oubliée depuis des siècles. La force de leur lien avec cette trace historique a amené un peuple entier à réapprendre « leur » langue et à l’actualiser.
  • La revendication du droit au retour pour certains juifs qui veulent renouer avec une partie de leur histoire remonte au XVe siècle pour l’Espagne et à 1396 pour la France. Selon le crif, « Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy rend leurs droits aux descendants des juifs bannis d’Espagne au XVe siècle. Une mesure que les musulmans tiennent pour « discriminatoire » à leur égard. « Je jure fidélité à la Constitution et au Roi » : moyennant ce serment, un million et demi de « Sépharades », lointains descendants de Juifs ibériques bannis à la fin du Moyen-Âge, pourraient acquérir la nationalité espagnole moderne – même s’ils résident à l’étranger… » Il souligne au passage (comme on lance une bouteille à la mer ?) « …si la France promulguait une « Loi du Retour » pour les Juifs expulsés en 1396 par Charles VI, le roi fou, elle gagnerait plus de 13 millions de nouveaux citoyens. Presque tous les juifs ashkénazes sont en effet, d’une façon ou d’une autre, originaires de la France médiévale… En fait foi leur rituel synagogal : le Rituel de Vitry, composé en Champagne au XIe siècle » http://www.crif.org/fr/tribune/l%E2%80%99espagne-et-les-juifs-retour-ou-repentance/35076
  • la Russie bolchévique et les communistes de tous pays ont bien essayé d'éradiquer les religions, en vain. Nulle part le phénomène religieux n’avait été oublié, partout il a ressuscité.

Exemples. Ils sont nombreux qui illustrent l’impossibilité des peuples à adopter librement la culture de l’autre, avec un de ses fondements la religion. Seule la contrainte d’un régime autocratique de longue durée semble pouvoir y parvenir.

Si « l'immiscibilité » historique de l'islam avec les autres sociétés semble avérée, elle s’entend pour d’autres religions également.

Concernant l’Islam ;

  • Chypre. Le brassage des populations de l’île sans cesse envahie et occupée depuis les Perses jusqu’aux Vénitiens, a été rendu possible par l’acceptation de la culture dominante (principalement gréco-romaine et chrétienne). En 1571, date de la conquête de l’île par les Ottomans musulmans, de nouvelles communautés naissent et s’éparpillent sur l’île sans jamais se fondre avec les populations autochtones. Après quatre siècles, en 1975, les communautés se déchirent et créent deux nations distinctes. Les cathédrales confisquées sont devenues mosquées à Chypre Nord.

 

 

 

 

  • Al Andalus. Qu’est devenu l’exemple de l’intelligentsia de Cordoue qui sut entretenir pendant un temps au XIIe s. sous la domination musulmane des Almohade,une apparente harmonie entre les différentes communautés croyantes et permettre un épanouissement intellectuel interreligieux avec Ibn Rushd (Averroès), Maïmonide… ? Après la Reconquista, la mosquée est devenue cathédrale à Cordoue.

 

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  • Syrie. Qu’est devenue l’entente harmonieuse (émission dominicale de FR2  ISLAM ) vantée par les représentants des communautés chrétiennes, juives et musulmanes de Damas avant l'explosion Syrienne ? A Damas au XXe siècle comme à Cordoue au XIIe siècle l’entente interreligieuse ne coexistait en réalité que grâce à un pouvoir politique autocratique.
  • Yémen. Depuis près de deux mille ans, des juifs étaient installés au sud de la péninsule arabique. En mars 2016, 19 juifs ont été exfiltrés, finalisant l’expulsion des 50 000 juifs yéménites, commencée après la seconde guerre mondiale par les musulmans. Des actions similaires ont eu lieu en Ethiopie et dans d’autres pays arabes.
  • Ex-Yougoslavie. L'empire Ottoman s'étendait jusqu'à la frontière actuelle de la Bosnie convertie alors à l'Islam. L'empire Austro-Hongrois chrétien défendait son territoire qui comprenait l'actuelle Croatie. Les Yougoslaves étaient très majoritairement slaves et parlaient la même langue ce qui n'a pas suffi pas à maintenir l'unité. Les républiques se déchirèrent. L'exemple de la Bosnie est représentatif de l'origine des tensions avec des communautés chrétiennes, orthodoxes et musulmanes réparties par poches sur le territoire comme à Chypre. Les mêmes causes, principalement culturelles et religieuses, conduiront aux mêmes conséquences; les revendications nationalistes découlant de celles-ci.
  • En Serbie aujourd’hui, on célèbre toujours « la bataille de KOSOVO » qui opposa une coalition chrétienne aux musulmans Ottomans en …1389.

Arabie Saoudite, Emirats...

Les musulmans ne sont pas les seuls à pratiquer l'exclusion. La mémoire des individus est imprégnée de la mémoire collective que le temps n’affecte jamais. Les grandes périodes de la vie des sociétés humaines sont inaltérables, elles guident les comportements et les aspirations des siècles plus tard encore.

  • Israël. Celui qui a visité Jérusalem, osant pousser sa curiosité jusqu’à Méa Shéarim (quartier des juifs ultra-orthodoxes de Jérusalem), n’aura pu que constater l’isolationnisme volontaire saisissant de cette communauté. Le refus de l’autre est prégnant dès les premiers pas dans « leur quartier », c’est le cœur religieux d’un pays qui rejette autant que possible les autres communautés religieuses ou pas.
  • Myanmar. Les Bouddhistes extrémistes ont prétexté la destruction des monumentaux bouddhas de Bâmiyân par les talibans pour commencer "l'épuration". La communauté musulmane venue de Bengalie est ciblée par ce véritable pogrom. Les moines veulent chasser "ces musulmans qui se marient avec nos femmes et les contraignent à se convertir à l'islam".

Etc.

Des partitions brutales ont été imposées dans l’histoire des pays.On peut en être choqué et se poser en même temps la question de ce qu’ils seraient devenus si elles n’avaient pas eu lieu.

Espagne. Que serait devenue l’Espagne si la Reconquista catholique n’avait pas brutalement imposé la religion unique ou l’exil, comme s'y étaient essayés avant les musulmans ? L’exemple d’un multiculturalisme réussi ou une partition communautaire comme à Chypre ?

Inde et Pakistan. Après deux siècles de domination britannique, l’empire colonial se divise en respectant, sagement, les communautés religieuses musulmanes (Pakistan) et hindoues principalement (Inde). 

Quel est le territoire de notre planète qui échappe à la règle du refus de la religion de l’autre un jour ou l’autre ? Pourquoi donc vouloir imposer des frontières politiques et des modèles de sociétés à des populations aux paradigmes différents ? De quel droit, les sociétés occidentales doivent-elles les imposer aux autres ? Ce modèle occidental, qui porte en lui l’acceptation de « l’autre » tel qu’il est même si cet « autre » n’en accepte pas les codes ; ne serait-il pas utopique si l'on en croit les événements historiques et actuels ?

Qu'on le souhaite ou qu'on le déplore les religions ancrées dans la mémoire des sociétés humaines sont des piliers incontournables de la conscience des peuples croyants et non croyants, qu’elles ont façonné par leur impact culturel. Il va falloir faire avec. Sauf que nos états laïcs n’ont pas d’outils pour gérer cela. Les aspects religieux sont systématiquement écartés des réflexions politiques, celui qui enfreint la règle risque l’opprobre. Le courage et la lucidité, manquent. Il est plus facile de se réfugier derrière le prétexte de la laïcité pour se taire que de s'adresser au croyant électeur pour lui rappeler les exigences laïques. Le sujet est irritant. L’exemple de F. Fillon qui a simplement fait savoir qu’il était catholique a suffi pour exciter Landerneau.

Alors faut-il se convaincre d'avoir raison en proclamant les principes vertueux d'un "vivre ensemble" loin d'être accepté ici et là par des communautés de plus en plus importantes ? La volonté même éclairée, de quelques dirigeants européens n'est pas suffisante, il est nécessaire de s’assurer de la capacité des peuples à vivre ensemble.

Si cette belle idée échoue, il est à craindre que les exemples que l'Histoire nous a montrés se perpétuent. L’Europe n’a pas droit à l’erreur en matière d’immigration et d’intégration car il n'y aura pas de retour en arrière possible.

La mesure dans ce domaine est probablement une nécessité car la Reconquista espagnole ne se reproduira plus, sauf à envisager le pire.

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