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L'apostilleur

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Ni dogme ni esprit partisan, juste le contraire

Naissance et fin des nations.Question de temps (4/11)

Naissance et fin des nations.Question de temps (4/11)

4 - Si la société multiculturelle est un échec, alors place à l’interculturalisme (cf. le Conseil de l’Europe) ?

Le Conseil de l’Europe conclut sans ambigüité quant à l’échec du multiculturalisme (cf. Naissance et fin des nations. Question de temps - 3/11) et suggère l’interculturalisme.

L’Europe est confrontée à des changements démographiques majeurs et à une diversité accentuée par les mouvements migratoires. Les approches en vigueur pour l’intégration et la gestion de la diversité culturelle sont remises en question. « Comme nous le constatons aujourd’hui, le multiculturalisme permet à des sociétés parallèles de se développer au sein des Etats… Il faut mettre un terme à cela. » Tels sont les mots de Thorbjørn Jagland, Secrétaire Général du Conseil de l’Europe.

Le Conseil de l’Europe en propose, une définition sans réelle conviction quant aux chances de succès:

Si le multiculturalisme a échoué, quelle est alors la solution ? La réponse pourrait se trouver dans ce que l’on appelle l’« interculturalisme », qui promeut les droits individuels de chacun, sans discrimination. Dans une société interculturelle, les individus ont le droit de conserver leurs identités ethniques, culturelles et religieuses, et ces identités sont tolérées par les autres. (quelle différence avec le multiculturalisme ?) Toutefois, la communauté tout entière doit adhérer aux normes en matière de droits de l’homme, et les différences culturelles ne sauraient être une excuse recevable pour violer les droits des autres. (pourquoi cette précision ? Le multiculturalisme ne le permettait pas plus.)
Cette approche est la seule susceptible de garantir d’une part la tolérance maximale envers les choix des individus et, d’autre part, la tolérance minimale envers des idées qui pourraient saper les fondements mêmes de la société démocratique.

Gérard Bouchard (Université de Québec- 2011) propose une définition différente de l’interculturalisme qui repose sur l’intégration ; Il n’y a pas juxtaposition de communautés. Le trait est fin entre ses considérations « la forte intégration » et « l’assimilation » dans un contexte qui privilégie la communauté dominante

L'interculturalisme reconnaît le statut de la majorité culturelle (sa légitimité, le droit de perpétuer ses traditions, ses valeurs, son héritage et le droit de se mobiliser pour assurer son développement) tout en l'encadrant afin de réduire les risques de débordements auxquels sont sujets toutes les majorités à l'égard de leurs minorités… À l'opposé des orientations dites communautaristes et par souci de contrer les risques de fragmentation ordinairement associés au multiculturalisme, l'interculturalisme vise une forte intégration des diverses traditions culturelles en présence. Une précision s'impose à ce sujet. … la notion d'intégration désigne l'ensemble des mécanismes et processus d'articulation (ou d'insertion) grâce auxquels se constitue le lien social, cimenté par des fondements symboliques et fonctionnels. Ces mécanismes et processus engagent tous les citoyens (anciens et nouveaux), opèrent à diverses échelles (individuelle, communautaire, institutionnelle et étatique) et suivent plusieurs dimensions (économique, sociale, culturelle, etc.). Il va sans dire qu'au plan culturel proprement dit, le concept d'intégration est dépourvu de toute connotation assimilatrice. Néanmoins, dans le cours des controverses récentes en Europe, il en est venu parfois à acquérir une connotation de ce genre…Dans cet esprit, l'interculturalisme préconise un type particulier de pluralisme que je qualifie d'intégrateur. C'est un troisième trait qui le caractérise. Une culture majoritaire qui se sent menacée par ses minorités éprouve le besoin soit de les assimiler (ce qui présage une sortie de la dualité), soit de les intégrer (c'est ce dernier parti que le Québec a jusqu'ici adopté). Elle craint instinctivement tout ce qui est fragmentation, ghettoïsation ou marginalisation. …Des mesures qui fraient à l'encontre de la diversité (comme celles qui sont actuellement proposées au titre d'une laïcité républicaine) tendraient à accroître le risque de marginalisation et de fragmentation, deux traits que l'on associe justement au multiculturalisme et qui motivent son rejet.

L'interculturalisme plaide donc en faveur de l'intégration, ce qui permet de mieux voir la nécessité des interactions et des rapprochements. ….l'exclusion n'est pas seulement répréhensible sur un plan moral ou légal, elle l'est également d'un point de vue sociologique.

Toutefois, l'interculturalisme n'est pas un carcan. Il laisse à certains groupements ethno-religieux la faculté de se constituer en petites communautés qui, tout en respectant la loi, entretiennent des rapports plus distants avec la société.

On comprend que l’interculturalisme est une notion que les sociologues présentent comme une solution potentielle. C’est une variante du multiculturalisme qui a échoué.

L'interculturalisme suggère donc:

  • une « forte intégration des diverses traditions culturelles en présence » et « au plan culturel proprement dit, le concept d'intégration est dépourvu de toute connotation assimilatrice »
  • « l'adoption de la culture dominante du territoire d’accueil »

On a vu que le champ de la culture est large, cet exercice sera donc improbable pour une ou plusieurs générations.Qui peut imaginer que des individus, ayant vécu une partie de leur vie imprégnés par les principes d’une culture différente (moyen-orientale et subsaharienne notamment), pourront ou souhaiteront adopter rapidement les valeurs gréco-latines et chrétiennes de l’Europe occidentale et vice versa ?

à suivre: 5 - de la difficulté d’imaginer un multiculturalisme dans certaines sociétés

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